LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

(Lettre rédigée au lendemain de la démission du Général de VILLIERS)

Patrick Toussaint

 

Monsieur le Président,

Je vous écris parce que je me sens insulté par votre conduite à l’égard du Général Pierre de Villiers, tant dans la forme qu’en le traitant d’irresponsable.

Je me sens insulté en tant qu’officier de réserve, ne pouvant qu’être solidaire d’un chef qui a rempli sa mission.

Je suis choqué, parce que c’est justement grâce à des hommes comme Pierre de Villiers – qu’ayant pu faire des études et poursuivre vies familiale et professionnelle -, j’ai pu m’engager comme officier de réserve afin de participer à la défense de la France, de ses valeurs et libertés civiles et politiques.

En intervenant devant la Commission de l’Assemblé nationale au sujet des conditions financières de l’exécution du budget militaire, le général de Villiers restait dans l’accomplissement de sa mission. A ce sujet, vous ne pouvez ignorer les textes s’appliquant à cet exercice : ils sont clairs et sans ambiguïté ! C’est d’autant plus grave qu’il ne s’est pas exprimé dans la presse ou d’autres cercles, mais bien devant la représentation nationale qui vote et votera le budget – établi par vous et votre gouvernement – et en vérifie la mise en œuvre, conformément aux mécanismes de nos vieilles démocraties-témoins. Il est d’ailleurs surprenant que les propos du Général aient été livrés à l’opinion publique alors que les députés membres de la commission sont tenus au secret.

Il me semble que vous n’êtes pas pleinement conscient des répercussions d’une telle décision et je vous donne un exemple précis. Le 11 janvier 2013, au tout début de l’opération « Serval » au Mali, le Commandant Boiteux était aux commandes d’un hélicoptère Gazelle engagé dans la zone de guerre. Les terroristes tirent sur l’engin non blindé. Le Commandant Boiteux est blessé d’une balle dans la cuisse et l’artère fémorale est touchée.

L’officier n’avait, à l’époque, que la seule possibilité de retourner à sa base, il y arrive et meurt vidé de son sang. Il est mort parce qu’il n’avait pas de garrot pour bloquer l’hémorragie alors qu’il existait des combinaisons de vol à garrots intégrés (les pilotes en sont aujourd’hui équipés). Cette combinaison figurait au poste « Equipement », qui fait partie des économies que vous exigez. Voilà le prix à payer lorsqu’on demande à la Défense de faire des économies sur les équipements vitaux de nos forces engagées contre l’ennemi.

Pour exercer votre rôle de chef des Armées et d’arbitre des équilibres budgétaires, plusieurs moyens sont à votre disposition. Tout d’abord en n’imputant pas aux Armées cette somme de 850.000 millions entièrement à la charge du Ministère des Armées. Par ailleurs, les services de Bercy ont déjà gelé 2,7 milliards d’euros sur le budget de la Défense, au- delà des coupes sèches à hauteur de ces 850 million d’euros.

Vous avez décidé de débloquer 1,200 milliards. En effet si ces sommes étaient restées bloquées jusqu’à la fin de l’exercice, le budget aurait été amputé de 3,550 milliards d’euros au total ce qui porte les économies demandées à la Défense à plus de 10 % de son budget global, soit le prix de huit Rafale. En disant qu’on ne touche pas aux montants votés, tout en procédant à ces coupes, on s’adonne à un tour de passe-passe enrobé d’une communication qui n’est pas très honnête… Ce que vient de démontrer le déblocage partiel qui vient d’avoir lieu.

Il n’en reste pas moins que, si les choses restent en l’état, le budget des Armées sera quand même amputé de 2,100 milliards d’euros ce qui est énorme dans un budget déjà très contraint qui va donc être obligé de supprimer des équipements qui, à force deviennent tous indispensables.

Si vous annoncez que ce gel est annulé, que la Défense ne sera amputée d’aucun montant supplémentaire, vous levez un sujet de grave préoccupation dans nos Armées en leur envoyant un message de confiance. Ce faisant, vous serez alors le vrai chef de nos Armées !

Monsieur le Président, vous êtes arrivé au pouvoir avec une attente forte des militaires. Vous l’avez entretenue ! Au-delà de toutes communications, les professionnels de nos armées de terre, de l’air et de mer jugent leurs chefs aux résultats. Quand il y va de la vie ou de la mort, être le chef ne s’improvise pas, ne se décrète pas mais se prouve.

Monsieur le Président, ne décevez pas nos soldats ! Ce ne sont pas seulement des agents de l’Etat dévoués, mais des personnes qui s’engagent jusqu’au sacrifice suprême. Ils ont besoin de respect, de vérité et d’espoir, autant de souffles qui ne correspondent pas à ce qui vient de se passer.

Patrick Toussaint
Avocat,
Lieutenant-Colonel honoraire, ORSEM,
IHEDN 42e session nationale.