Le stress post‑traumatique, la blessure invisible du soldat
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Laure Fanjeau (*)
Responsable recherche / développement et communication digitale d’Espritsurcouf
Focus : Défense
La prise en charge des militaires français souffrant de stress post-traumatique
L’Etat de Stress Post‑Traumatique (ESPT), désormais reconnu comme une véritable blessure de guerre, touche un nombre croissant de militaires français engagés en opérations extérieures. Exposés à des situations de combat, d’attentats ou de mort imminente, certains développent des symptômes parfois immédiats, parfois différés, qui altèrent profondément leur équilibre personnel, familial et professionnel. Consciente de cette réalité, l’institution militaire a progressivement construit une réponse structurée et ambitieuse. Détection précoce au sein des unités, prise en charge spécialisée dans les hôpitaux d’instruction des armées, suivi post‑opération, cellules d’aide aux blessés, dispositifs de soutien aux familles, Maisons Athos dédiées à la reconstruction psychosociale, parcours de reconversion professionnelle … autant d’outils qui témoignent du travail déjà accompli pour mieux comprendre, soigner et accompagner les blessés psychiques.
Pour autant, malgré ces avancées significatives, des défis persistent comme les diagnostics tardifs, les ruptures de suivi après la fin de carrière, les difficultés à la réinsertion. Ces enjeux, complexes et évolutifs, nécessitent une réflexion collective et coordonnée. C’est précisément dans cette perspective que se tiennent les Assises du Monde combattant. Organisées en quatre temps, en interministériel, au sein du ministère des Armées avec les associations et fondations, puis avec des représentants de la société civile, elles permettront d’analyser le travail déjà réalisé, d’identifier les points de vigilance et d’échanger sur les pistes d’amélioration possibles. Ces Assises offriront ainsi un cadre privilégié pour renforcer la cohérence des dispositifs existants et consolider la prise en charge des blessés psychiques.
Dans ce contexte, il s’agit d’examiner comment les mécanismes déjà en place peuvent être consolidés et articulés afin de garantir une prise en charge réellement globale, continue et adaptée aux besoins des militaires souffrant d’ESPT et de leurs familles.
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(L’ESPT, également appelé PTSD (Post-Traumatic Stress Disorder) se manifeste par des symptômes caractéristiques : reviviscences (flashbacks), cauchemars, hypervigilance, évitement ou encore troubles anxieux et dépressifs.)
I. Une réalité chiffrée significative mais sous-estimée
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Les données officielles montrent que le phénomène est loin d’être marginal. D’après le ministère des Armées, près de 3 000 militaires français ont été recensés comme souffrant de blessures psychiques entre 2010 et 2019, dont une part importante liée au stress post-traumatique. Des études scientifiques publiées estiment également qu’environ 900 cas de PTSD ont été diagnostiqués sur une période d’une décennie au sein des forces françaises.
Cependant, ces chiffres sont probablement sous-estimés. En effet, comme le souligne la Haute Autorité de Santé, le diagnostic de l’ESPT est complexe : les symptômes peuvent être indirects (fatigue, troubles du sommeil, douleurs physiques) et la culture militaire peut freiner la déclaration des troubles. De plus, la survenue tardive du syndrome, parfois après la fin de carrière, complique encore son identification.
II. Un dispositif médical structuré et spécialisé
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Face à cet enjeu, les armées françaises ont progressivement mis en place un système de prise en charge complet.
Les système de prise en charge s’appuie sur plusieurs niveaux :
- détection précoce, assurée par les médecins militaires au sein des unités ;
- prise en charge spécialisée, dans les hôpitaux d’instruction des armées ou en collaboration avec des structures civiles ;
- suivi post-opération, incluant des phases de décompression après les missions ;
- accompagnement individualisé, via les cellules d’aide aux blessés.
Les cellules d’urgence médico-psychologiques (CUMP), créées après des catastrophes majeures, peuvent également être mobilisées pour la prise en charge des traumatismes psychiques.
Lorsque le militaire quitte l’institution, le relais est assuré par Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre (ONACVG), garantissant la continuité du suivi et l’accès aux droits.
III. Des traitements validés scientifiquement
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La prise en charge thérapeutique de l’ESPT repose sur des recommandations validées par la Haute Autorité de Santé.
Les principales approches sont :
- les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) centrées sur le traumatisme ;
- l’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) reconnue pour son efficacité ;
- les traitements médicamenteux dans les formes sévères.
Ces traitements visent à diminuer les symptômes, améliorer la qualité de vie et permettre une stabilisation psychologique sur le long terme.
IV. Un plan global et des moyens renforcés
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Le ministère des Armées a mis en place un « plan blessés », qui vise à améliorer l’ensemble du parcours de prise en charge, depuis le soin jusqu’à la reconversion. Ce plan comprend de nombreuses mesures, dont près des deux tiers ne génèrent pas de coûts supplémentaires, car elles reposent sur la simplification administrative (dématérialisation, automatisation des procédures).
Par ailleurs, l’engagement financier de l’État s’est renforcé. Environ 10 millions d’euros supplémentaires ont été mobilisés depuis 2023 pour la prise en charge des blessures psychiques.
V. Les maisons Athos : une réponse innovante
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Dans ce contexte, le programme des Maisons Athos, lancé en 2021, constitue une innovation majeure. Il s’agit d’un dispositif unique en France, spécifiquement conçu pour les militaires souffrant de stress post-traumatique.
Aujourd’hui, le programme compte 6 structures opérationnelles. Il intervient à un moment clé du parcours après les soins médicaux mais avant la reprise d’une activité professionnelle.
Une approche de réhabilitation psychosociale
Contrairement aux structures médicales classiques, les Maisons Athos proposent un accompagnement non-médicalisé et centré sur la reconstruction personnelle et sociale.
Les activités proposées incluent :
- activités collectives (sport, jardinage, cuisine) ;
- accompagnement social et administratif ;
- construction d’un projet de vie ;
- activités culturelles.
L’objectif est de restaurer :
- la confiance en soi ;
- les capacités relationnelles ;
- l’autonomie.
Ce dispositif répond à un besoin spécifique identifié par le ministère des Armées qui est de combler le “vide” entre le soin et la réinsertion.
VI. Une prise en charge élargie aux familles
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Les familles des militaires sont également fortement impactées par les blessures psychiques. Le ministère des Armées a donc développé plusieurs dispositifs pour les accompagner :
- accès à un soutien psychologique ;
- organisation de journées d’échange dans les régions militaires ;
- mise en place de séjours de répit ;
- création de la Maison numérique des blessés et des familles, facilitant l’accès à l’information.
Ces actions permettent de mieux accompagner les proches, qui jouent un rôle essentiel dans la reconstruction du militaire.
VII. La réinsertion professionnelle : un objectif central
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Le retour à l’emploi constitue un enjeu majeur.
Il peut se faire :
- au sein des armées, avec des postes adaptés ;
- dans le secteur civil, via des dispositifs de reconversion ;
- grâce à des aides financières spécifiques.
VIII. Des défis persistants
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Malgré ces avancées, plusieurs difficultés demeurent :
- la sous-déclaration des troubles ;
- la détection tardive, parfois plusieurs années après le traumatisme ;
- les ruptures de suivi après la sortie de l’institution.
L’enjeu principal reste donc la prévention, la sensibilisation et l’amélioration de la coordination entre les différents acteurs.
Conclusion
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La prise en charge des militaires français souffrant de stress post-traumatique a connu des progrès significatifs au cours des dernières décennies. Elle repose aujourd’hui sur une approche globale combinant soins médicaux, accompagnement social et dispositifs innovants comme les Maisons Athos. Le renforcement des moyens financiers et institutionnels témoigne d’une reconnaissance croissante de la gravité des blessures psychiques. Toutefois, la complexité de ces troubles impose de poursuivre les efforts afin d’assurer un accompagnement durable et adapté à tous les militaires concerné ainsi qu’à leurs familles.
Je remercie le cabinet de la ministre déléguée auprès de la ministre des Armées pour la qualité de nos échanges, particulièrement instructifs au sujet de la prise en charge du stress post‑traumatique chez le militaire, l’objectif des Maisons Athos ainsi que des dispositifs d’accompagnement des blessés et de leurs familles, échanges qui ont permis la réalisation de ce focus.
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Pour en savoir plus sur la prise en charge de l’état de stress post-traumatique chez le militaire français et l’importance des Maisons ATHOS …
« Les militaires et l’état de stress post-traumatique »

Type : Entretien
Media : Uneo
Durée : 00:02:55
Date de mise en ligne : 09 octobre 2017
Support de publication : Compte YouTube d’Uneo
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« Maisons ATHOS : au service des militaires blessés psychiques »

Type : Reportage
Media : Armée de Terre
Durée : 00:07:09
Date de mise en ligne : 20 avril 2025
Support de publication : Compte YouTube de l’armée de Terre
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Réalisé par le média : Public Sénat
Nature : Reportage
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Durée : 00:03:30
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LIVRE
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(*) Laure Fanjeau, Responsable recherche / développement et communication digitale. Auditrice « Jeunes de l’IHEDN » et de l’IHEMI (Veille/Analyse),, elle est officier de la réserve citoyenne de l’armée de l’Air et de l’Espace. Spécialisée en communication, marketing et publicité, elle a mené des projets civilo-militaires nationaux et européens. Elle a fondé l’agence FANJEAU LAURE (spécialisée en communication et relations publiques) au service quotidien d’associations militaires et civilo-militaires et de l’Esprit de défense. |
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Source bandeau : IA / Laure Fanjeau

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