L’intelligence artificielle, substitut à l’humain ?
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Pascal Le Pautremat (*)
Rédacteur en chef d’Espritsurcouf
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Alors que l’engouement pour l’intelligence artificielle (IA) est exponentiel, que les politiques répètent en boucle, sans réelle réflexion de fond, leur attachement viscéral à son développement dans des exercices de communication convenus pour bien coller au climat global et aux jeux de concurrence en phase de constitution, des prises de conscience s’observent peu à peu – enfin ! – face aux dérives dramatiques qui se profilent si rien n’est décidé pour établir une ligne rouge à ne pas franchir. Pour cela, il reste à préciser de toute urgence des règles internationales…
Car, incontestablement, l’extension et la globalisation de l’IA est loin d’être la panacée.
Déjà, parce que nombre d’entreprises, multinationales ou non, voient clairement et sans scrupule l’avantage d’y recourir, pour en faire non pas un vecteur au service des êtres humains, mais un substitut, source d’enrichissement, en raison de la baisse drastique des masses salariales que cela laisse présager.
Cela a déjà commencé, sur fond de concentration du pouvoir entre les mains des chefs d’entreprises les plus puissants au monde, mettant en péril le modèle social, basé essentiellement sur la nécessité de travailler pour percevoir un salaire et acheter ce qui est nécessaire pour vivre.
Aux Etats-Unis, fin avril 2026, sous la pression de l’IA, on comptabilisait plus de 50 000 emplois supprimés depuis le début de l’année, dans le seul domaine informatique, avec 18 720 suppressions de postes pour le seul mois de mars (cf. rapport du cabinet de reclassement Challenger, Gray & Christmas, installé à Chicago).
La Silicon Valley, cœur même des entreprises focalisées sur les nouvelles technologies, est évidemment au cœur de la tempête, à la fois comme source d’impulsion et victime de ce qu’elle engendre. Par exemple, Mark Zuckerberg, à la tête de Meta, qui gère notamment Facebook, a déjà prévu quelques 8 000 suppressions d’emplois dans les rangs de sa propre multinationale.
En France, si rien n’est fait pour maitriser le processus, le développement et l’extension de l’intelligence artificielle générative, le marché du travail va être totalement mutilé. Ainsi, selon une réalisée par Coface et l’Observatoire des Emplois Menacés et Émergents (OEM), intitulée « Emplois, compétences, valeur : ce que l’IA est en train de bouleverser », l’automatisation touche 16% des activités du monde du travail, et pourrait rendre caduques jusqu’à quelque 5 millions de postes dans les années à venir.
N’oublions pas que l’OCDE avait déjà annoncé, il y a plusieurs années déjà, la suppression de 200 à 300 millions de postes dans le monde d’ici 2040. Et Goldman Sachs rejoint cette prospective en soulignant que ce sont 300 millions d’emplois à temps plein qui sont menacés dans les économies développées…
Et ce n’est pas le faux débat économique et financier qui porterait sur le projet de taxation des entreprises ayant recours massivement à l’IA qui règlera un problème dont les répercussions et l’onde de choc sont planétaires. L’IA est loin d’être une donnée constante mais bien variable, car son évolution semble infinie. Le processus va donc largement s’étendre à tous les secteurs.
En nourrissant l’IA par elle-même, sa puissance ne fait que logiquement et mathématiquement s’accroitre, avec une hausse sensible de la probabilité qu’elle échappe un jour à tout contrôle, dans la mesure où on a pu constater, dans divers cas de figure, qu’elle cherche à contourner le contrôle humain.
Aussi, le recours à l’IA dans le domaine militaire est loin d’être rassurant, d’autant que de plus en plus de pays, dont la France, sont décidés à donner une certaine autonomie opérationnelle à l’IA, entre robotisation et dronisation, pour procéder à des attritions de menaces… L’appréciation par l’IA d’une réalité restera toujours froide et pragmatique. D’ailleurs, selon des exercices menés au titre de la recherche, il a été constaté que l’IA, pour régler des conflits jugés trop complexes ou inextricables, trouvaient comme seule solution de sortie, le recours à… l’arme nucléaire…
On l’aura compris : les questions éthiques sont au cœur de la problématique IA. Il en va aussi de la pérennité de l’Humanité profonde, hors de tout transhumanisme crépusculaire.
Pour ce 282ème numéro bimensuel d’Espritsurcouf, Nous avons choisi comme sujet central l’intelligence artificielle. Dans ce Billet, comme évoqué, ci-dessus, j’introduis ce thème en complétant les questions qui se posent par deux éléments vidéos. Le premier est un podcast intitulé « IA et éthique : repenser la technologie au service de l’humain », émission dans laquelle Éric Salobir, président du comité exécutif de la Human Technology Foundation, est interviewé par Delphine Sabattier, du magazine de l’innovation Smart Tech. Le second renvoie à l’émission que C dans l’air a consacrée à l’IA, sur le thème : « L’IA : révolution militaire dans l’armée française »
L’IA touche aussi le monde journalistique, tous supports confondus. Aussi, Robert Ménard partage-t-il son regard sur l’évolution des médias, en France, à la fois sous l’influence des réseaux sociaux mais aussi du rôle grandissant de l’IA, en soulignant ses répercussions sur le journalisme en général : « L’évolution des médias en France et l’influence des réseaux sociaux et de l’IA sur le journalisme » (Rubrique HUMEURS).
Laure Fanjeau, dresse un panorama sur le recours croissant à l’IA, aux robots et aux drones dans les armées, avec une utilisation diversifiée dans le milieu de la Défense, en France notamment à travers le projet Pendragon. Elle met également en exergue les leçons tirées de leur emploi dans le conflit russo-ukrainien (Rubrique ÉCRAN RADAR).
Dans un contexte où les atteintes à la souveraineté sont récurrentes, Tewfik Hamel, pour sa part, nous offre le deuxième volet de son étude consacrée à la politique de la France en matière de numérisation, en insistant sur la dimension cognitive, elle aussi rattachée, dans une certaine mesure aux capacités e l’IA : « Souveraineté stratégique et numérique : un défi pour la France » (2ème partie) » (Rubrique DEFENSE).
Dans la rubrique LIVRES, et en prolongement du thème principal de ce numéro, deux experts, Lou Welgryn et Théo Alves Da Costa, se penchent sur les problèmes du recours croissant à l’IA, qui nous est proposée comme une opportunité incontournable en vertu de logiques de lobbying faisant fi de la casse sociale et des répercussions systémiques sur le monde du vivant, si aucun garde-fou n’est collectivement établi et reconnu comme salvateur : Lou Welgryn, Théo Alves Da Costa, L’IA : Le grand enfumage. Comprendre les enjeux, Déconstruire les mythes, Reprendre le pouvoir. Paris, éd. Payot, collection « Document Payot », mai 2026, 304 pages.
Dans la mesure où la guerre engagée contre l’Iran est toujours au premier plan de l’actualité, l’amiral Oudot de Dainville nous propose un bilan de la situation, quoiqu’évolutive : « Iran : entre guerre et incertitudes géostratégiques » (Rubrique GEOPOLITQUE).
Enfin, pour sa nouvelle REVUE D’ACUTALITE, André Dulou insiste sur le diptyque « Intelligence et géopolitiques », au gré de thèmes majeurs, entre constances et évolutions conjoncturelles.
Bonne lecture !
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(*) Pascal Le Pautremat, Docteur en Histoire Contemporaine, diplômé en Défense et Relations internationales, est maître de conférences à l’UCO (Campus de Nantes), Directeur du Département de Science Politique. Il a enseigné à l’École Spéciale militaire de Saint-Cyr et au collège interarmées de Défense. Auditeur de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense nationale), ancien membre du comité de rédaction de la revue Défense, il est le Rédacteur en chef d’Espritsurcouf. Son dernier ouvrage : Géopolitique de l’eau – L’“Or bleu” et ses enjeux, entre prospectives, crises et tensions... Éditions L’Esprit du Temps, Paris, (juin 2020) présenté dans la rubrique Livre d’Espritsurcouf Ouvrage collectif auquel vient de participer : Lucas Verhelst (dir.), Manuel d’un monde en transition(s). 101 obstacles au changement. 101 pistes d’action. La Tour-d’Aigues, éditions de l’Aube, Collection « La Terre En Vie » paru en 2025. |

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