Ukraine, Iran :
Scénarios du futur

Vincent Gourvil (*)
Pseudonyme d’un Haut fonctionnaire
Docteur en sciences politiques

Pour l’auteur, les situations iranienne et ukrainienne sont sur le point d’aboutir à des impasses et il y a urgence à voir se dessiner de nouvelles options politiques.

 

« Gouverner, c’est prévoir ». Prévoir l’impensable, l’improbable, l’inimaginable, l’incroyable, l’inconcevable, sans tabou ou a priori idéologique. Prévoir c’est penser contre soi-même surtout dans un monde complexe, instable, imprévisible, brutal dominé par les rapports de force comme l’est celui du XXIe siècle. Ce n’est malheureusement pas le cas de nos dirigeants imprévoyants et inconscients – la Macronie conquérante pour ne pas la citer – qui considèrent que gouverner, c’est communiquer, c’est s’agiter dans tous les sens en adeptes inconditionnels de la bonne vieille méthode du docteur Coué. En un mot, c’est fermer les yeux sur le réel. Celui sur lequel on se cogne, pour reprendre l’expression bien connue du psychanalyste, Jacques Lacan. Celui sur lequel on se cogne à force d’aveuglement et de surdité. Après avoir abordé le problème sous son angle purement conceptuel, il est important de revenir sur le terrain du concret, du visible en se fondant sur deux exemples liés à l’actualité internationale, à savoir le cas de l’Ukraine de Volodymyr Zelensky et celui de l’Iran des mollahs.

UKRAINE : SALE TEMPS POUR VOLODYMYR

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À quelles conclusions iconoclastes pourrait parvenir un prévisionniste des relations internationales adepte de la Realpolitik et des scénarios improbables ?

En faisant preuve de beaucoup d’imagination, ne peut-on estimer, à ce jour, que la situation de l’Ukraine, dans le conflit qui l’oppose à la Russie, pourrait tourner à son désavantage en dépit de la faiblesse intrinsèque du régime poutinien et des coups qui lui sont portés par les drones de Kiev ? Quelques faits objectifs tendraient à le démontrer si l’on veut bien y prêter l’attention qu’ils méritent : usure du régime de Volodymyr Zelensky qui se refuse obstinément à organiser des élections qui pourraient tourner à la Bérézina pour lui et sa garde rapprochée[i] ; crise systémique de gouvernance d’une oligarchie déconnectée des réalités du terrain ;problématique structurelle de la corruption endémique qui touche plusieurs figures importantes du système (Cf. tentative de réduire l’indépendance de deux institutions anticorruption) ; accroissement indéniable des tensions sociales dans le pays; pire été pour les Ukrainiens depuis 2022 en terme de mortalité dans la population civile, notamment à Kiev après les frappes russes sans parler des blessés et des handicapés ; redoublement des frappes russes sur l’Ukraine à l’aide de missiles balistiques contre lesquels la défense antiaérienne ukrainienne est impuissante[ii] ; fatigue compréhensible de la guerre d’une population éreintée par la guerre de la terreur pratiquée par la Russie de Vladimir Poutine[iii] ; la stratégie russe résolument anti-cités vise donc à influencer la population ukrainienne pour que cette dernière pousse son gouvernement à demander à Moscou la cessation des combats[iv] ; agriculture mise à mal[v] ; le moral des militaires ukrainiens ne semble pas au beau fixe comme le montrent les désertions de soldats à l’entraînement en Allemagne, dont certains ont demandé l’asile au gouvernement fédéral allemand ; essoufflement croissant de la mobilisation des jeunes ukrainiens qui ne souhaitent sacrifier ni leur vie, ni leur jeunesse pour la cause perdue de la guerre[vi], quid su soutien européen[vii]

Ce cocktail inflammable pourrait conduire à un effondrement du régime de Volodymyr Zelensky à une échéance plus ou moins rapprochée si nous n’y prenons pas garde comme nous devrions le faire face à une situation d’une grande instabilité. Si « baroque » a priori soit-elle, cette hypothèse ne doit pas être écartée d’un revers de main. Elle devrait sérieusement être prise en compte par nos dirigeants parmi la liste des options envisageables pour ne pas être pris au dépourvu quand la bise sera venue[viii].

IRAN : DESTINATION SORTIE POUR AYATOLLAH

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À quelles conclusions iconoclastes pourrait parvenir un prévisionniste des relations internationales adepte de la Realpolitik et des scénarios improbables ?

En faisant preuve de beaucoup d’imagination, ne peut-on estimer, à ce jour, que l’Iran pourrait s’effondrer complétement dans un avenir prévisible en dépit de ses succès apparents sur les plans militaire et diplomatique[ix] contre le Grand Satan qui ne sait plus à quel saint se vouer ? Quelques faits objectifs tendraient à le démontrer si l’on veut bien y prêter l’attention qu’ils méritent : l’économie du pays est exsangue quoi qu’en disent les durs du régime des Mollahs[x] ; la répression à tout-va traduit la faiblesse et l’impuissance de la clique au pouvoir à Téhéran face à une lassitude croissante de la population qu’elle ne peur enrayer durablement ; les sanctions économiques lourdes annoncées  en ce mois d’août 2026 par l’administration américaine (le secrétaire d’État au Trésor, Scott Bessent[xi]) à l’encontre du régime iranien mais aussi celles envisagées contre les États qui viendraient au secours de ce dernier pourraient mettre le pays à genoux en dépit des rodomontades de ses thuriféraires[xii] ; les déclarations concordantes récentes du Président iranien modéré, Massoud Pezeshkian (« il vaut mieux mettre fin à la guerre maintenant, alors que nous sommes en position de force et dans la dignité, que le monde entier reconnaît notre victoire et souligne que les Etats-Unis … sont détestés à travers le monde… »[xiii]) et du Président du Parlement, Mohammad Baqer Qalibaf, un dur (il a mis en garde contre les conséquences de la crise économique et le renforcement des sanctions américaines. Il a affirmé que, même en disposant d’une puissance militaire, le régime iranien ne survivrait pas si la population souffrait de la faim et si l’économie du pays manquait de circulation financière, de croissance économique et de production nationale.… [xiv]) constituent un signe nouveau de fébrilité du pouvoir en place ; l’isolement iranien au sein du monde arabe n’est également pas de bon augure pour la suite[xv], la prise en otage du détroit d’Ormuz est à double tranchant[xvi], ce passage de navigation maritime n’est plus incontournable[xvii].

Ce cocktail inflammable pourrait conduire à un effondrement du régime des Mollahs à une échéance plus ou moins rapprochée si nous n’y prenons pas garde comme nous devrions le faire face à une situation d’une grande instabilité[xviii]. Si « baroque » a priori soit-elle, cette hypothèse ne doit pas être écartée d’un revers de main. Elle devrait sérieusement être prise en compte par nos dirigeants parmi la liste des options envisageables pour ne pas être pris au dépourvu quand la bise sera venue.

RACONTER LE PASSÉ ET PRÉDIRE L’AVENIR

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« La prévision est difficile, surtout lorsqu’elle concerne l’avenir » nous rappelle l’humoriste (résistant de la première heure en 1940), Pierre Dac. Raison de plus pour privilégier l’impératif de prévision lorsque l’avenir est aussi incertain qu’imprévisible qu’en cette fin de premier quart du XXIe siècle. Il devient donc urgent de poser les problèmes complexes soulevés par les deux principales crises internationales que nous connaissons en Ukraine et en Iran si nous ne voulons pas nous trouver dans une impasse dans l’hypothèse de solutions impensables dans ces deux pays. La seule certitude, c’est que nous devons agir dans l’incertitude alors que nous sommes bien face à un nouveau monde. La posture d’évitement des hypothèses qui nous déplaisent n’est plus tenable aujourd’hui. Un grand dessillement est nécessaire en lieu et en place des péroraisons martiales jupitériennes et barroiennes. Raison de plus pour regarder les choses en face, sans retard ni défausse. L’essentiel est d’aller voir derrière l’horizon pour éviter une déroute des esprits, une nouvelle Étrange défaite. S’agissant de l’Ukraine, et de l’Iran, envisager divers scénarios du futur s’impose.

 

Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur

 

[i] Thomas d’Istria, L’ex-ministre de la défense ukrainienne réclame des élections, Le Monde, 20 août 2026, p. 3.

[ii] Sophie Fay, Les alliés de l’Ukraine dénoncent la terreur russe, Le Monde, 26 août 2026, p. 5.

[iii] Emmanuel Gryszpan, En Ukraine, le système d’alerte contraint d’évoluer, Le Monde, 25 août 2026, p. 3.

[iv] Thomas d’Istria, Le commerce maritime ukrainien asphyxié, Le Monde, 1er septembre 2026, p. 2.

[v] Emmanuel Grynszpan, Entre blocus et missiles, le calvaire des agriculteurs, Le Monde, 1er septembre 2026, p. 3.

[vi] Vincent Arbarétier, Guerre en Ukraine : l’été meurtrier de tous les dangers, www.bvoltaire.fr , 23 août 2026.

[vii] Éditorial, Les Européens doivent accentuer leur soutien à l’Ukraine, Le Monde, 26 août 2026, p. 26.

[viii] Vincent Arbarétier, Vers une Pax Americana en Ukraine, www.bvoltaire.fr , 6 septembre 2026.

[ix] Jean Daspry, Dans les méandres de la négociation diplomatique, www.lediplomate.media , 19 août 2026.

[x] Ghazal Golshiri, En Iran, le lent effondrement du pouvoir d’achat de la population, Le Monde, 26 août 2026, p. 3.

[xi] https://www.bfmtv.com/economie/international/actifs-numeriques-or-transport-maritime-le-gouvernement-americain-annonce-de-nouvelles-sanctions-visant-des-secteurs-vitaux-pour-couper-toutes-les-ressources-economiques-de-l-iran_AD-202608240723.html

[xii] Piotr Smolar, Donald Trump mise sur l’asphyxie financière pour vaincre l’Iran, Le Monde, 26 août 2026, p. 4.

[xiii] https://www.franceinfo.fr/monde/iran/guerre-entre-les-etats-unis-israel-et-l-iran/le-president-iranien-declare-qu-il-vaut-mieux-mettre-fin-a-la-guerre-maintenant-avec-les-etats-unis-alors-que-l-iran-est-en-position-de-force_8156240.html

[xiv] https://fr.iranfocus.com/intelligence-reports/terrorisme/23786-le-president-du-parlement-du-regime-iranien-si-la-population-a-faim-nous-ne-survivrons-pas/

[xv] Ghazal Golshiri, Entre les Émirats et l’Iran, une désescalade révolue, Le Monde, 25 août 2026, p. 4.

[xvi] Marie de Vergès, En quête de nouvelles routes de l’or noir. Les pays du Golfe diversifient leurs circuits d’évacuation du pétrole afin de s’émanciper du détroit d’Ormuz, Le Monde, 28 août 2026, p. 11.

[xvii] Julien Bouissou, Ormuz, un détroit stratégique mais plus incontournable, Le Monde, 9 septembre 2026, p. 25.

[xviii] Louis Imbert, Israël veut faire de l’Iran un État failli qui finira par s’écrouler, Le Monde, 28 août 2026, p. 2.


(*) Vincent Gourvil est le pseudonyme d’un haut fonctionnaire, par ailleurs Docteur en sciences politiques.

Source bandeau : IA / Laure Fanjeau

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