Les joueurs de pipeau

Pascal Le Pautremat (*)
Rédacteur en chef d’Espritsurcouf

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© European Union, 2026

Alors qu’Edouard Balladur est mort à l’âge de 97 ans, lundi 31 août 2026, nombre de commentateurs veulent retenir qu’il appartenait au sérail des derniers « Grands serviteurs de l’Etat »… Il est vrai qu’il incarnait une certaine volonté d’intégrité et d’honnêteté, qui ne fut guère compatible avec la popularité tant recherchée par les avides du pouvoir. Edouard Balladur avait d’ailleurs une formule des plus explicites pour résumer l’arène politique, dans Le pouvoir ne se partage pas (éd. Fayard) paru en 2009 : « Tout l’art de la politique consiste à plaire afin d’être choisi, puis maintenu en place. » dans un « monde de la médisance et de l’envie » dans lequel « tout s’oublie, les mauvaises actions, les malhonnêtetés, les reniements » estimant que pour le « véritable politique, le succès justifie tout […] Je ne voulais pas être de ceux-là. Je croyais pouvoir réussir sans compromis avec moi-même. Convaincu de la justesse de mes idées, je me croyais apte à gouverner, mais je négligeais trop la force des intérêts, la violence des passions. »

Aujourd’hui, tout est comme avant…mais en pire…

En effet, de manière de plus en plus prononcée, la période électorale pour élire le prochain Président de la République française tourne désormais à une véritable foire d’empoigne, à une avalanche de déclarations plus ou moins grotesques, racoleuses, en raison des promesses avancées, via les « réseaux sociaux », le but étant semble-t-il, pour les candidats, de se vendre ou de se positionner de manière des plus favorables, entre les étapes de choix stratégique du « candidat premium » au sein de chaque camp, entre opérations de chaises musicales et tir de fête foraine, emprunté au jeu de massacre traditionnel…

Le plus navrant est de voir quelques candidats oser revenir, sans honte, sur le devant de la scène et nous promettre des changements salvateurs, alors qu’ils occupaient encore récemment des fonctions qui, au sein de l’exécutif, leur permettaient d’agir de manière significative…

Conjointement, il faut encore subir et supporter le jeu de médias, à la fois fades et des plus subjectifs, jouant presque sur une dégradation renforcée du quotidien, tout en étant convaincus de leur légitimité pour jouer sur les choix des électeurs.

Pourtant, une partie de Français, la plus silencieuse, n’accepte plus d’être au cœur d’un jeu de dupes.

Reprendre en main leur avenir, relancer une économie plurielle sur tous les territoires, : c’est sans nul doute la volonté première des citoyens consciencieux et réalistes, aspirant conjointement à retrouver un peu d’ordre dans une République qui subit et n’ose plus faire respecter.

En attendant, il faut supporter des agitations médiatiques de candidats, qui dans une baraque à frites, ou à un rassemblement de personnes partageant le même prénom, qui dans un DROM-COM, ou un bain de foule, englués dans un jeu de promesses fracassantes devant des militants convaincus.

Les joueurs de pipeau soufflent sans respiration, dans une cacophonie de notes plus ou moins justes. Les mélodies sont trompeuses, les Français connaissent par cœur la partition…

Et l’on nous abreuve déjà de sondages qui n’ont pas fini d’osciller, au gré d’un jeu médiatique des plus opportuniste et calculateur.

Lassant et assommant même …

Le 18 avril 2027, date des élections du premier tour, est encore loin…

L’attente va être longue…

Pour autant, les enjeux nationaux sont des plus graves et des plus lourds…Sans doute les plus inquiétants depuis la Seconde Guerre mondiale…

Nous n’avons plus le droit à l’erreur d’autant qu’il va falloir, pour le mieux, plusieurs décennies pour relever le pays.


Pour ce 286ème numéro d’Espritsurcouf, premier du mois de septembre 2026 qui scelle la rentrée sur tous les fronts, en prolongement du Billet qui insiste sur un monde politique français globalement peu convaincant, Christian Fremaux exprime son désarroi devant la nature des candidats aux prochaines élections présidentielles, avec un ton qui lui est propre et qui sied à une réalité désopilante autant que préoccupante : « Programme fantôme pour un non – candidat déclaré » (Rubrique HUMEURS).

Le terrorisme islamique, bien qu’il ne soit pas, actuellement, au premier plan de l’actualité, est pourtant loin d’être moribond. Dans nos colonnes, nous rappelons régulièrement combien la zone sahélienne est particulièrement frappée par ce fléau. Moussa Bobbo, par son étude, montre même que les réseaux islamiques ont parfaitement intégré le recours au numérique pour asseoir leur obédience et étendre leur zone d’influence : « Terrorisme, guerre informationnelle et numérique au Sahel » (Rubrique GEOPOLITQUE).

Une autre forme de terrorisme existe par le prisme des narcotrafiquants qui, à l’international, renforcent toujours davantage leur emprise. Donald Trump a décidé de réduire les capacités logistiques des trafiquants dans le Golfe du Mexique. Mais, comme le souligne Xavier Raufer, les résultats sont loin d’être convaincants : « Trump, Amérique latine et cocaïne ». (Rubrique GEOECONOMIE).

Laure Fanjeau, à l’occasion des Journées du Patrimoine, qui se tiennent les 19 et 20 septembre, établit non seulement un focus sur la culture militaire accessible à travers les musées et expositions, les concerts, salons des écrivains, mais aussi un point sur l’organisation des lesdites journées (modalités des visites de divers sites, etc). (Rubrique ÉCRAN RADAR).

Enfin, André Dulou, vous livre sa nouvelle REVUE D’ACTUALITE qui insiste, en matière de questions internationales, sur les questions migratoires, les désordres islamistes africains et leur processus d’extension en Occident.

Dans le coin lecture, nous mettons en avant l’ouvrage que Benoît de Tréglodé, directeur du domaine Afrique-Asie-Moyen-Orient à l’IRSEM et Docteur en histoire et civilisation de l’Asie (EHESS, Paris), consacre au Vietnam, pays d’Asie du Sud-Est en plein essor économique et soucieux de transversalités. Benoît De Tréglodé, Le Viêt Nam en 100 questions. Au carrefour d’une nouvelle Asie. Paris, Ed. Tallandier, collection Géopolitique, 2026, 320 pages. (Rubrique LIVRES).

Bonne lecture !


 

(*) Pascal Le Pautremat, Docteur en Histoire Contemporaine, diplômé en Défense et Relations internationales, est maître de conférences à l’UCO (Campus de Nantes), Directeur  du Département de Science Politique. Il a enseigné à l’École Spéciale militaire de Saint-Cyr et au collège interarmées de Défense. Auditeur de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense nationale), ancien membre du comité de rédaction de la revue Défense, il est le Rédacteur en chef d’Espritsurcouf.
Son dernier ouvrage : Géopolitique de l’eau – L’“Or bleu” et ses enjeux, entre prospectives, crises et tensions... Éditions L’Esprit du Temps, Paris, (juin 2020) présenté dans la rubrique Livre d’Espritsurcouf
Ouvrage collectif auquel vient de participer : Lucas Verhelst (dir.), Manuel d’un monde en transition(s). 101 obstacles au changement. 101 pistes d’action. La Tour-d’Aigues, éditions de l’Aube, Collection « La Terre En Vie » paru en 2025.

 

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