L’eau, la Vie…

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Pascal Le Pautremat (*)
Rédacteur en chef d’Espritsurcouf

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Le pétrole est-il plus précieux que l’eau ?

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Depuis le choc pétrolier de 1973, le thème des hydrocarbures (pétrole, gaz) et ses aspects géostratégiques inhérents, ont bénéficié d’une couverture médiatique massivement supérieure à celle des questions liées à l’eau. Même s’il n’existe pas de statistique absolue sur près de 50 ans, les études en sciences politiques, en économie de l’énergie et en analyse des médias (presse écrite, radiodiffusée ou télévisée) s’accordent sur une asymétrie radicale, allant de 10 pour 1, voire de 50 pour 1, selon les décennies. L’ancrage obsessionnel et dogmatique du néolibéralisme et de l’ultralibéralisme dans l’approche de la réalité, est donc, une fois de plus, prouvé.
Pourtant, à l’échelle de la Vie, sous ses formes végétale, animale et humaine, l’eau est assurément la valeur première sans laquelle rien n’est possible, directement et indirectement.
On oublie largement l’importance première de l’eau, saine et potable, douce ou salée, riche en alluvions, en oligoéléments, pour porter, permettre et favoriser la Vie.

Or, à l’instar de celle qui a frappé l’Europe cet été et serait la pire de cinq derniers siècles, les sécheresses intercontinentales, de plus en plus violentes et longues engendrent des bouleversements assurément catastrophiques face auxquels nous ne sommes nullement préparés.
En France, selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), à peine 40% des nappes phréatiques, se situeraient à un niveau normal de début d’automne, sachant que faute de pluies au volume conséquent, ce chiffre décline très rapidement, de semaine en semaine, car la consommation humaine ne ralentit nullement. Les régions les plus touchées se situent dans le Grand Est (Champagne, Vosges) sans qu’il faille occulter les situations critiques notamment du Limousin, du Jura et de la Bretagne. On le sait, diverses communes bretonnes sont soumises à des restrictions d’usage et l’eau potable est sur le point d’y être rationnée. Déjà, la pression à la sortie des robinets a été réduite par les services publics.
En Europe, ce sont près de 35% des territoires qui sont affectés, de manière répétée, par le manque d’eau. Ce à quoi s’ajoutent les défaillances des réseaux de distribution d’eau vieillissants, sujets à des fuites récurrentes, en particulier dans le bassin méditerranéen, la mauvaise qualité de l’eau elle-même, en raison d’une contamination chimique et industrielle.
Au Moyen-Orient, où l’on mise depuis des décennies sur les usines de dessalement – on en compte près de 400 désormais pour les seuls pays du Golfe – la dépendance à l’eau dessalée est devenue un impératif vital. Les nappes phréatiques y sont au plus bas, épuisées par les ponctions massives et mal gérées, dans nombre de pays (Irak, Iran), avec un surpompage agricole qui précipite la catastrophe généralisée. Les populations sont désormais au-delà d’un stress hydrique chronique mais plutôt confrontées à une véritable catastrophe hydrogéologique structurelle, faute de précipitations pour permettre la recharge naturelle de ces nappes, sans compter l’exposition des territoires à une évaporation extrême, avec un assèchement des cours d’eau de surface et des barrages. L’Iran, par exemple, connaît un déficit en pluie de 89% en moyenne et les températures régionales, en été, frôlent les 50 degrés très régulièrement.

Un peu plus d’un an avant le Choc pétrolier de 1973, – en mars 1972 précisément – paraissait le rapport de chercheurs du MIT (Massachusetts Institute of Technology), Dennis et Donella Meadows, Jorgen anders et William W. Behrens III, intitulé Les Limites à la croissance. Ce rapport relevait d’une du Club de Rome. Créé en 1968, le Club de Rome réunit humanistes, scientifiques et économistes, hauts fonctionnaires et industriels, représentants près de 53 pays, qui se penchent sur les problèmes majeurs auxquels sont confrontées les sociétés modernes en matière de pollution, de disparition des ressources premières, etc.
Le « Rapport Meadows » mettait en garde contre les dérives d’une société de consommation, voire surconsumériste, au gré de projections mettant en exergue la hausse de la population, de la pollution et de l’effondrement des ressources, comme de l’alimentation. En clair, il alertait sur l’effondrement, à terme, du système global faut de soutenabilité ; les ressources au sens propre comme au sens figuré disparaissent, la pollution s’affiche en hausse constante et le monde dérive sur une pente très dangereuse avec un pic de bascule établi en 2030.
Nous y sommes donc, avec des logiques qui vont s’amplifier en matière de baisse de la production industrielle et de la production alimentaire tout au long du reste du XXIème siècle, outre une probable baisse conséquente de la population à partir de 2040-2050.
Les perspectives du rapport Meadows ont été corroborées par des analyses scientifiques et d’ingénierie menées au gré des vingt dernières années. La trajectoire que suit actuellement l’Humanité correspond aux courbes établies selon la projection initiale faisant état, à terme, d’un effondrement systémique. Les études prophétiques et préconisations du Rapport sont donc loin d’être farfelues ou utopiques.…
C’est le fameux effondrement qui est tant au cœur des polémiques et des dénis depuis plus de 10 ans. Car, certains sont convaincus que la technologie seule parviendra à inverser la tendance. Or, les innovations technologiques ne font que retarder l’échéance sans régler les causes profondes.
Les auteurs du Rapport mettaient en avant l’urgence d’investir massivement dans l’éducation, la santé et l’économie circulaire. Force est de constater que ce n’est pas du tout ce qui a été fait, les adeptes de l’IA venant d’ailleurs aggraver la situation qui, à court terme, apparaît inextricable.

En dépit de leur extrême gravité, ces questions, donc, sont loin de préoccuper au premier plan.
Les décrire, les souligner dans des conférences, les rappeler dans des ouvrages, n’y fait rien : ces réalités ne sont nullement mises en avant – ou si peu – par les responsables politiques – qui, une fois de plus, le démontrent, tant en France, au gré d’une misérable campagne pour l’élection présidentielle (nous renvoyons au Billet du n°187 « Les joueurs de pipeau ») qu’au niveau international, au cœur d’un vide intellectuel et moral de plus en plus effrayant.


Dans ce 289ème numéro d’Espritsurcouf, qui accorde toujours une part importante aux questions internationales et socio-politiques, Christian Fremaux interpelle quant à aux jeux médiatiques sur fond de campagne électorale : « Un soupçon vaut-il une preuve ?? » (Rubrique HUMEURS).

Vincent Gourvil établit un état de la situation internationale qui témoigne d’un chaos quasi généralisé et bien ancré, sur fond de rapport de force majeur sinon-américain : « Sanctions contre la Russie entre rigueur, hypocrisie et dégât » (Rubrique GEOPOLITIQUE).

Dans le prolongement du précédent numéro, Paul Villatoux, nous offre la suite du portrait majeur du général William « Billy » Mitchell, qui assura un rôle clé dans la création de l’US Air Force : « William ‘Billy’ Mitchell, prophète maudit de la puissance aérienne » (2ème partie) (Rubrique HISTOIRE).

André Dulou insiste, pour sa part, met en avant un double thème, des plus prégnants dans la conjoncture conflictuelle :  « cybersécurité et criminalité » (Rubrique SEMAPHORE).

Dans la mesure où l’eau, constitue aussi un vecteur de jeux stratégiques et sécuritaires, Laure Fanjeau, pour sa rubrique, insiste  sur les relations qui existent entre le monde aquatique et les structures militaires et policières qui œuvrent dans ce domaine ; qu’elles relèvent de la Marine nationale, ou de la Gendarmerie maritime, de la Police fluviale, du ministère de l’Intérieure ou de la Préfecture de police de Paris). (Rubrique ÉCRAN RADAR).

Enfin, en matière de lecture, l’actualité internationale invite systématiquement à s’appuyer sur un atlas qui permet d’avoir une vue d’ensemble des questions majeures, des zones de tensions et de conflits. Alexis Bautzmann, géographe et politologue, directeur du Centre d’Analyse et de Prévision des Risques Internationaux (CAPRI) et du groupe de presse AREION (revues Diplomatie, Moyen-Orient, Carto, DSI, Histoire & Strategie, etc.) propose une version actualité d’un atlas qui s’avère une bonne référence depuis des années, avec quelques 300 cartes et infographies, pour une approche par grands ensembles géographiques (Europe, Moyen-Orient, Afrique, Asie et Amériques), sans occulter des thèmes transversaux aux enjeux sont considérables : flux mondiaux, sécurité alimentaire, conquête spatiale…. Alexis Bautzmann (dir.), Atlas géopolitique mondial 2027. Ed. du Rocher, 2026, 208 pages. (Rubrique LIVRES).
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Bonne lecture !

 


 

(*) Pascal Le Pautremat, Docteur en Histoire Contemporaine, diplômé en Défense et Relations internationales, est maître de conférences à l’UCO (Campus de Nantes), Directeur  du Département de Science Politique. Il a enseigné à l’École Spéciale militaire de Saint-Cyr et au collège interarmées de Défense. Auditeur de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense nationale), ancien membre du comité de rédaction de la revue Défense, il est le rédacteur en chef d’Espritsurcouf.
Son dernier ouvrage : Géopolitique de l’eau – L’“Or bleu” et ses enjeux, entre prospectives, crises et tensions... Éditions L’Esprit du Temps, Paris, (juin 2020) présenté dans la rubrique Livre d’Espritsurcouf
Ouvrage collectif auquel vient de participer : Lucas Verhelst (dir.), Manuel d’un monde en transition(s). 101 obstacles au changement. 101 pistes d’action. La Tour-d’Aigues, éditions de l’Aube, Collection « La Terre En Vie » paru en 2025.

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