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  • GRANDS PROBLÈMES DE DÉFENSE ET DE SÉCURITÉ 

 Jacques Raimond

  • ACTUALITÉS INTERNATIONALES 
  1. Lors de sa tournée en Asie, Donald Trump a semé le trouble chez ses interlocuteurs
  2. Liban, Syrie, Golfe persique : quelle politique de l’Iran au Moyen-Orient ?
  3. Crise politique en Allemagne : un coup dur pour l’Union européenne ?
  • LES ENJEUX DE LA DÉFENSE FRANÇAISE 
  1. La ministre des armées remet le prix Innovation défense
  2. Les armées risquent d’avoir de gros problèmes en matière d’effectifs
  3. Budget 2018 de la défense : un « oui mais » au Sénat
  • INDUSTRIE ET ÉCONOMIE 
  1. Climat : le monde entier dépendant des efforts de la Chine
  2. Caldius B-250 « Al Badr » : l’étoile du Dubai Air Show 2017
  3. L’IoT, le tsunami mal compris par les entreprises françaises
  • GRANDS PROBLÈMES DE DÉFENSE ET DE SÉCURITÉ
  1. Pierre de Villiers, le général a décidé de l’ouvrir
  2. Daesch, et après ? Trois questions à Hugo Micheron
  3. L’épineux défi de la structuration de la filière cyber française : « Des territoires à l’international »

de Jacques Raimond

 

ACTUALITÉS INTERNATIONALES

1 – Lors de sa tournée en Asie, Donald Trump a semé le trouble chez ses interlocuteurs (Ouest France, Philippe Le Corre)

Le déplacement du président américain en Asie était attendu, non sans une certaine inquiétude, par les pays de la région et à Washington. À l’issue d’une tournée qui l’a mené au Japon, en Corée du Sud, en Chine, au Vietnam et aux Philippines, l’entourage du Président ne cache pas son soulagement que Donald Trump s’en soit finalement tenu au script préparé par ses collaborateurs. Pourtant, les discours du chef de l’exécutif sur la question commerciale – l’une des plus sensibles entre les États-Unis et nombre de pays asiatiques qui jouissent d’un excédent bilatéral – ont semé le trouble chez ses interlocuteurs. Contrairement à ses interventions intempestives pendant la campagne électorale, où les grandes puissances asiatiques (Japon, Corée du Sud, Chine) en prenaient pour leur grade, Trump a évité de s’attaquer aux « injustices commerciales » assénées à l’Amérique. Même la Chine a été relativement épargnée. « Il est normal que la Chine défende ses intérêts », a-t-il dit en substance. Bluffé par l’accueil à la Cité interdite, à Pékin, il a rendu hommage à son hôte chinois Xi Jinping. Au lieu d’accuser la Chine de pratiques commerciales déloyales, il a dénoncé « les erreurs des précédentes administrations américaines ». Au Vietnam, il a répété ces propos devant le sommet économique Asie-Pacifique. « Nous n’allons plus laisser les autres pays profiter des États-Unis, et je suppose que vos pays agissent de même. »

Des relations bilatérales renforcées

Il est difficile de calculer ce que les États-Unis ont obtenu de manière tangible en échange de ces propos amènes. Sur le dossier nord-coréen, le seul progrès est le renforcement de la coopération avec Séoul. En Chine, sur les 250 milliards de dollars « d’accords économiques », la plupart sont des lettres d’intention ou la confirmation de contrats déjà évoqués dans l’énergie ou les transports aériens. En revanche, l’ouverture du secteur financier chinois est une vraie nouvelle. Désormais, les étrangers seront en mesure de prendre des participations majoritaires dans des banques et sociétés d’investissement chinoises. Mais Pékin a habilement attendu le départ de Trump pour annoncer ces mesures. Sur le plan politique, on notera que le président américain a repris à son compte l’expression « Indo-Pacifique » évoquée par son secrétaire d’État Rex Tillerson. « L’Indo-Pacifique », une région qui inclut l’Inde et le Japon, les deux rivaux de la Chine. À eux deux, et avec l’aide des États-Unis, ils sont en mesure de faire concurrence à cette dernière.

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https://www.ouest-france.fr/reflexion/point-de-vue/point-de-vue-l-etonnant-voyage-de-donald-trump-en-asie-5379737

 

2 –  Liban, Syrie, Golfe persique : quelle politique de l’Iran au Moyen-Orient ? (IRIS, le point de vue de Thierry Coville)

Avec la ratification de l’accord sur son programme nucléaire en 2015, l’Iran en plus de s’ouvrir sur le plan commercial grâce à une levée progressive des sanctions s’est affirmée comme un acteur politique incontournable dans la région. Il importe ainsi de prendre en compte les déterminants politiques qui anime la politique étrangère de l’Iran au Moyen-Orient. Pour nous éclairer, le point de vue de Thierry Coville, chercheur à l’IRIS.

Saad Hariri, Premier ministre du Liban a justifié sa démission par le fait que le Hezbollah serait « le bras armé de l’Iran non seulement au Liban mais également dans les autres pays arabes ». Au-delà des allégations d’ingérence, l’Iran a-t-elle une politique libanaise ?

Il est important d’analyser la relation entre l’Iran et le Hezbollah car sa politique libanaise y est très liée. L’historicité de la création du Hezbollah par l’Iran en 1982 ne doit pas être remise en cause, ni le fait que cette organisation est liée à la révolution de 1979, et très attachée aux fondamentaux de la République islamique d’Iran. Il est néanmoins réducteur d’en faire le serviteur ou le disciple obéissant de l’Iran. Le Hezbollah est avant tout une entité libanaise qui a des députés au parlement, qui définit l’essentiel de sa politique sous un référentiel libanais et par sa résistance à Israël. Acteur local, il s’attache à préserver les liens avec les autres organisations libanaises et a conscience de l’équilibre des forces politiques sur lequel est bâti le Liban actuel. Le Hezbollah se détermine ainsi avant tout par des enjeux locaux et donc libanais. Si le Hezbollah est intervenu en Syrie, c’est par crainte d’une extension du conflit sunnites/chiites et la pénétration d’éléments de l’organisation de l’Etat islamique ou encore de l’ex Al-Nosra au Liban. Cette intervention s’est certes faite dans l’intérêt de l’Iran mais avant tout pour la défense des siens. Le Liban, à travers le Hezbollah, est important pour l’Iran dans le cadre de l’axe pour la lutte contre Israël englobant également la Syrie. Derrière cet affichage stratégique, Téhéran tient aussi réellement à ce que la politique libanaise se détermine localement car les Iraniens ont bien compris qu’il ne faut pas qu’ils apparaissent comme étant les marionnettistes tirant les ficelles du Liban.

Quelles sont les dimensions géopolitiques de l’affrontement entre Ryad et Téhéran ?

Il est important de rappeler que cette confrontation repose avant tout sur des déterminants politiques. C’est une rivalité somme toute assez logique entre deux poids lourds régionaux du golfe Persique. Du côté saoudien, c’est la chute de Saddam Hussein en 2003 qui est la cause de cette aversion. Après cette date, s’est installé le sentiment que l’influence de l’Iran dans la région n’allait cesser de croître notamment avec l’arrivée d’un gouvernement chiite à Bagdad. Avec le conflit syrien, l’espoir d’un repli a été vain, de même que pour la guerre qui perdure au Yémen, même si l’effectivité du soutien de Téhéran aux rebelles houthis reste à démontrer. Quant à la signature de l’accord sur le programme nucléaire iranien négocié au niveau multilatéral par le P5+1 (Etats-Unis, Chine, Russie, France, Allemagne, Angleterre), il a été ressenti comme un satisfecit à son emprise hégémonique sur la région. Si la politique iranienne peut paraître expansionniste, en face, Ryad réagit de manière émotionnelle et désordonnée. Le royaume wahhabite semble vouloir instrumentaliser le conflit entre chiites et sunnites pour contrer la menace iranienne. Cette montée des tensions et cette impulsion anti-iranienne sont également de l’intérêt du prince Mohammed ben Salman pour créer un contexte qui puisse asseoir sa légitimité en interne. Côté iranien, il y a une impression d’acharnement de la part des Saoudiens contre l’Iran. La perception y est forte et largement partagée que les Saoudiens ont instrumentalisé des groupes tels que l’organisation de l’Etat islamique ou encore l’ex Al-Nosra. Les Iraniens jugent cette politique se nourrissant des dissensions entre sunnites et chiites et menaçant la stabilité régionale comme extrêmement dangereuse. Deux discours s’opposent ainsi en Iran : les plus intransigeants arguent qu’il ne faut en aucun cas céder et que l’option militaire doit être clairement mise sur la table ; les modérés, représentés notamment par Hassan Rohani, défendent une position plus consensuelle mais des facteurs internes à la politique iranienne (notamment la contre-offensive des « durs » après leurs échecs électoraux) rendent actuellement cette position difficilement audible.

La « décertification » de l’accord sur le programme nucléaire iranien par l’administration Trump, ainsi que les récents propos de la France sur la « tentation hégémonique » de l’Iran, ne participent-ils pas indirectement d’une marginalisation du président Hassan Rohani au profit des franges les plus conservatrices ?

C’est un risque manifeste. Autant la stratégie de Donald Trump est clairement anti-iranienne avec une stratégie d’escalade verbale de « name and shaming » faisant de l’Iran le foyer de déstabilisation de la région et caricaturant les positions de Téhéran, autant celle de la France ne s’inscrit pas dans la même orientation. Il est important de souligner que l’Europe et la France ont attaché leur soutien à la signature de l’accord sur le nucléaire et déclaré qu’une remise en cause de cet accord est inenvisageable. Aussi, les positions françaises et européennes de ces derniers jours s’inscrivent davantage dans une démarche de dialogue avec les Etats-Unis, mais aussi avec l’Iran, en signifiant qu’il faudra bien aborder un jour ou l’autre la question du programme balistique iranien.

Retrouvez l’intégralité de l’article avec ce lien :
http://www.iris-france.org/103008-liban-syrie-golfe-persique-quelle-politique-de-liran-au-moyen-orient/

 

3 – Crise politique en Allemagne : un coup dur pour l’Union européenne ? (Iris, Rémi Bourgeot)

Près de deux mois après les législatives, l’Allemagne n’a toujours pas de majorité pour être gouvernée. Cette crise politique pourrait potentiellement signifier une fin de parcours pour Angela Merkel, après 12 ans passés à la Chancellerie. Elle entre également en collision avec le discours d’Emmanuel Macron sur une réforme de l’Union européenne et la nécessaire reconsolidation du couple franco-allemand comme préalable. Le point de vue de Rémi Bourgeot, économiste et chercheur associé à l’IRIS, sur les conséquences de cette crise politique.

L’Allemagne n’arrive pas à se construire une majorité. Est-ce un échec personnel pour Angela Merkel ? Est-ce l’illustration que ce troisième mandat de la chancelière a opéré une saturation politique ?

C’est effectivement un échec personnel pour Angela Merkel, dont la façon d’aborder la politique bute sur une impasse. Cette approche consiste à prendre des idées dans tous les camps : à droite, à gauche, que cela touche à l’environnement, l’immigration ou encore l’économie, puis à regrouper des partis aux bases idéologiques diverses dans le cadre d’une succession de coalitions sans véritable ossature. Alors que ce système de coalition est a priori conçu comme temporaire, il a pris avec Angela Merkel la tournure d’un véritable système de gouvernement, depuis son accession au pouvoir en 2005 après une élection qui fut déjà difficile. Si l’on prend le cas des libéraux (FDP), leur coalition de 2009 à 2013 avec les chrétiens-démocrates s’était achevée de manière catastrophique pour eux, avec un score inférieur au seuil des 5% requis pour siéger au Bundestag. Cela a amené le leader actuel du parti, Christian Lindner, à considérer qu’une alliance avec les conservateurs et les écologistes n’allait pas de soi et à finalement claquer la porte de ces négociations impossibles dimanche. Actuellement, le FDP s’est engagé dans une refonte idéologique axée sur un euroscepticisme rejetant tout mécanisme approfondi de solidarité à l’échelle européenne. Le fait qu’il ait claqué la porte des négociations lui a été fortement reproché et on ne peut effectivement exclure une forme de préméditation. Mais, en prenant du recul et en dépassant la question spécifique du positionnement des libéraux, il apparaît que cette coalition tripartite aurait été dans tous les cas, aussi instable qu’alambiquée. Ce système de coalitions récurrent pose de nombreuses questions, en ce qui concerne notamment la représentativité démocratique. La notion d’alternance ne se traduit plus vraiment par les politiques menées mais simplement par l’appui successif de divers partis, le SPD, le FDP et peut-être les Verts, autour du bloc CDU-CSU qui procède en retour, sous l’égide de Mme Merkel, à un grand mélange politique des idées de tous les partis fréquentables. Ce système de coalition a pour effet l’étouffement des partis censés porter une alternance, de par leur coopération permanente avec le parti principal. Cette paralysie des oppositions fait le lit des extrémismes alors que l’on pourrait penser, de prime abord, qu’un système de coalition permanent représenterait un idéal de synthèse. En réalité, nous assistons depuis des années à une érosion progressive mais continue du débat politique en Allemagne, résultat d’un unanimisme qui a entériné le déclin des partis de gouvernement au Bundestag, au rang desquels la CDU et sa variante bavaroise, la CSU et, dans une plus grande ampleur encore, les sociaux-démocrates. L’issue de cette crise politique ne peut se penser que par une restructuration intellectuelle des partis et une réorganisation de leur programme dans une logique d’opposition sur des sujets parfois difficiles.

Quelles sont les perspectives de sortie de crise politique ? L’image de stabilité allemande ne sera-t-elle pas mise à mal durablement ? Avec quelles conséquences ?

Il existe plusieurs options mais toutes sont hautement problématiques. La première est celle de la formation d’une nouvelle Grande Coalition (CDU/CSU-SPD) après l’échec de la coalition dite « Jamaïque » (CDU/CSU-FDP-Verts). Or le SPD, à l’issue des élections fédérales de septembre dernier, a estimé que son mauvais score l’obligeait politiquement et moralement à siéger dans l’opposition. En parallèle, le président fédéral, Frank-Walter Steinmeier, qui est lui-même social-démocrate et qui n’a qu’un rôle symbolique en temps normal s’est largement impliqué dans cette crise politique. Il tente d’œuvrer en faveur d’une coalition CDU/CSU-SPD bien que cela soit rejeté par le chef du parti, Martin Schulz. Une autre option consisterait à former un gouvernement minoritaire. On pourrait prendre par exemple l’hypothèse d’une alliance du bloc conservateur CDU/CSU avec les libéraux du FDP ou encore des conservateurs avec les Verts, une idée de rapprochement pour le moins surprenante que les responsables écologistes sont pourtant très désireux de mettre en œuvre. Mais un gouvernement de minorité aurait pour conséquence, dans tous les cas de figure, une instabilité dans le travail législatif. De par le contexte politique actuel, ces deux orientations sont clairement rejetées. De nouvelles élections sont également possibles et elles devraient s’imposer en toute logique si une « grande coalition » entre conservateurs et sociaux-démocrates ne se reforme pas. Cependant, cette option de dernier ressort ne serait pas même immédiate en cas d’impossibilité de construire une majorité absolue. Il faudrait en effet nommer un chancelier intérimaire qui devrait obtenir une majorité relative au Bundestag, au terme d’un processus de votes multiples.

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http://www.iris-france.org/103156-crise-politique-en-allemagne-un-coup-dur-pour-lunion-europeenne/

 

LES ENJEUX DE LA DÉFENSE FRANÇAISE

 

1 – La ministre des armées remet le prix Innovation défense (DICOD, communiqué de presse)

Florence Parly, ministre des Armées, a clos, jeudi 23 novembre, la semaine Innovation Défense organisée dans le cadre de la semaine de l’Innovation publique.

Le Prix de la ministre des Armées a été remis à l’équipe du projet Catalpa, développé par le Service d’infrastructure de la Défense (SID), pour la rapidité d’acquisition et la mise en œuvre de bâtiments écologiques à structures modulaires. Ce projet vise à répondre prioritairement aux besoins d’hébergement en urgence de l’armée de terre dans le cadre de la montée en puissance de la force opérationnelle terrestre.

Trois autres prix ont été remis par les hautes autorités du ministère des Armées :

  • Le prix de la secrétaire d’État auprès de la ministre des Armées pour l’implantation de ruches sur le site de Balard ;
  • Le prix du chef d’état-major des armées pour un projet de conteneur logistique interarmées pétrolier ;
  • Le prix de l’innovation pour un projet de serious game développé par le Service de santé des armées (SSA), permettant d’améliorer l’entraînement aux techniques de sauvetage au combat.

Cette remise de prix conclut cette semaine Innovation Défense organisée par le ministère des Armées, qui aura réuni près d’une centaine d’innovateurs militaires et civils du ministère, dans le but de promouvoir les projets et actions innovants dans les soutiens et l’administration.

 

2 –  Les armées risquent d’avoir de gros problèmes en matière d’effectifs (zone militaire, Laurent Lagneau)

 Au cours des deux précédentes Lois de programmation militaire (LPM), le ministère des Armées a vu ses effectifs fondre de 50.000 personnels (sur 250.000 en 2008) alors que les contrats opérationnels des trois armées (Terre, Air, Marine) ont augmenté durant la même période. Les directions et services, c’est à dire les soutiens et la DGA [Direction générale de l’armement], ont particulièrement été touchés par cette vague de déflation de postes. « Les déflations massives d’effectifs imposées depuis une dizaine d’années par les réformes successives ont mis les armées, directions et services, sous forte tension, d’autant plus que nous avions consenti d’importantes déflations d’effectifs et d’importantes réductions de format qui devaient s’accompagner d’une réduction de l’engagement des armées. Dès lors que cet engagement n’a cessé d’augmenter, la tension s’est révélée difficile à soutenir », a ainsi souligné le général François Lecointre, le chef d’état-major des armées (CEMA), lors de son passage devant les députés de la commission de la Défense, en octobre. Cela étant, il a été mis fin aux suppressions de postes dans les armées après la vague d’attentats de 2015. Et la Force opérationnelle terrestre (FOT) a vu ses effectifs augmenter de 11.000 soldats et certaines fonctions, en particulier celles liées au renseignement et au cyber, ont été renforcées. Pour autant, on est encore loin du compte. En outre, le projet de Loi de programmation des finances publiques (LPFP), qui va encadrer la trajectoire financière de la Loi de programmation militaire (LPM) en cours d’élabortation, prévoit de créer seulement 1.500 postes nouveaux. Cet effort, a estimé le général Lecointre, aussi important soit-il, est « inférieur aux besoins exprimés par la ministre des Armées et il va contraindre, en l’état, notre effort de régénération. » Les besoins de l’armée de Terre en termes d’effectifs pour la période 2019-2022 correspondent à près de 75% de cet « effort » consenti par la LPFP (soit 1.150 postes). Puis, entre 2023-2025, elle aura besoin d’au moins 3.825 postes de plus, d’après le député Thomas Gassiloud, le rapporteur pour avis sur les crédits des forces terrestres. « Du fait d’un dé-pyramidage et d’une déflation continue, nous avons un fort déficit sur les hauts de pyramide : il manque en volume environ 1.000 officiers et, en qualité, environ 3.000 sous-officiers supérieurs dans l’armée de Terre », a expliqué le général Jean-Pierre Bosser, son chef d’état-major, lors de sa dernière audition au Sénat. En clair, il s’agit de revoir à la hausse le taux d’encadrement. Mais un autre défi attend l’armée de Terre : celui de la fidélisation. « Les recrutements massifs des années 2015 à 2017 ont mécaniquement fait baisser l’ancienneté moyenne des personnels. Or tous les militaires du rang et 74 % des sous-officiers servent en vertu de contrats d’engagement, généralement conclus pour cinq ans.

 Retrouvez l’intégralité de l’article avec ce lien :
http://www.opex360.com/2017/11/19/les-armees-risquent-davoir-de-gros-problemes-en-matiere-deffectifs/

  

3 – Budget 2018 de la défense : un « oui mais » au Sénat (Commission des Affaires étrangères de la défense et des forces armées, communiqué de presse)

La commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat donne un avis favorable aux crédits de la mission défense pour 2018, examinés le 30 novembre, sous réserve du dégel rapide des 700 millions d’euros de l’exercice 2017 Alors que le Sénat s’apprête à examiner, le 30 novembre prochain, les crédits de la mission « Défense » pour 2018 (34,2 milliards d’euros), la commission des affaires étrangères et de la défense a conditionné son avis positif au dégel des 700 millions d’euros de crédits 2017, toujours bloqués depuis les arbitrages budgétaires qui ont déjà conduit, en juillet dernier, à l’annulation de 850 millions d’euros de crédits de la défense. « Il en va de la sincérité du budget présenté par le gouvernement », a déclaré Christian CAMBON (Les Républicains, Val de Marne), président de la commission. « Quelle est sinon la portée du vote du Parlement, si le Gouvernement déconstruit, ensuite, en cours de gestion, l’architecture bâtie dans la loi de finances initiale ? ». « Nous attendons des décisions rapides et favorables sur les 700 millions encore gelés », poursuit Christian CAMBON. « Nos armées, saturées d’opérations intérieures et extérieures, qui assurent notre sécurité, ne sauraient être continuellement une variable d’ajustement budgétaire ».

 

INDUSTRIE ET ÉCONOMIE

 

1 – Climat : le monde entier dépendant des efforts de la Chine (La Tribune, Dominique Pialot)

Responsable de la hausse des émissions de CO2 observée en 2017, la Chine deviendra-t-elle demain le leader de la lutte contre le changement climatique ? (Les émissions de gaz à effet de serre repartent à la hausse en 2017 après trois ans de stabilisation, essentiellement sous l’effet de la croissance chinoise. Selon le rapport annuel de l’Agence internationale de l’énergie paru ce 14 novembre, l’évolution attendue de son économie et de son mix énergétique pourrait au contraire en faire un acteur majeur de la lutte contre le changement climatique d’ici à 2040. La nouvelle a fait l’effet d’une bombe en pleine COP23 : après trois années de stagnation, les émissions de gaz à effet de serre sont reparties à la hausse en 2017. D’après l’étude du Global Carbon Projet publiée lundi 13 novembre dans la revue « Eart system science data », cette augmentation de 2% serait imputable à la croissance économique chinoise (+6,8%). L’accroissement de sa consommation de charbon (+3%), de pétrole (+5%) et de gaz naturel (+12%) serait ainsi responsable d’une hausse de 3,5% de ses émissions de gaz à effet de serre. Pour mémoire, limiter la hausse des températures à +2°C nécessiterait d’abaisser les émissions mondiales de 50 à 70% d’ici à 2050, avant d’atteindre le Graal de zéro émissions nettes à la fin du siècle. Ce revers, le premier depuis le satisfecit quasi général de la COP21, a donné d’autant plus d’écho au cri d’alarme lancé par 15.000 scientifiques du monde entier et relayé notamment par nos confrères du Monde. Ses auteurs redoutent que l’humanité pousse « les écosystèmes au-delà de leurs capacités à entretenir le tissu de la vie. » Régression des forêts, disparition d’un tiers des populations de certains mammifères, reptiles, amphibiens, poissons et oiseaux, multiplication des zones mortes dans les océans, effondrement des invertébrés, disparition de 80% des insectes, etc. « Pour éviter une misère généralisée et une perte catastrophique de biodiversité, mettent en garde les auteurs, l’humanité doit adopter une alternative plus durable écologiquement que la pratique qui est la sienne aujourd’hui. »

En Chine, moins de production manufacturière et plus de services

Dans ce contexte, le dernier rapport annuel de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), paru ce 14 novembre, pourrait redonner matière à espérer. En effet, loin de contester le poids de la Chine dans la façon dont va évoluer le mix énergétique mondial et, partant, une grande partie des émissions de gaz à effet de serre, l’Agence mise sur l’entrée du pays (de très loin de premier émetteur au monde) dans une nouvelle ère énergétique pour infléchir, positivement désormais, les tendances mondiales. La bascule progressive de l’économie chinoise vers plus de services et moins de production manufacturière, alliée à une évolution vers un mix énergétique moins carboné destiné à faire baisser le nombre de décès prématurés par cause de pollution de l’air, en sont les clés de voûte. Une mutation d’autant plus urgente que la population chinoise, vieillissante, est plus fragile encore face à ces menaces. Dans le principal scénario de l’AIE (New policies scenario), le pays détient un tiers des capacités installées d’éolien et de solaire en 2040, et investit d’ici là 40% des sommes mondialement dévolues au déploiement des véhicules électriques qui, conformément à de récentes annonces, représentent un quart du parc automobile roulant à cet horizon. Quant aux émissions chinoises de gaz à effet de serre, elles atteindraient un plafond en 2030. Seul hic dans ces prévisions rassurantes : l’AIE voit la consommation de charbon chinoise atteindre son pic en…2013, avant de baisser de 15% d’ici à 2040. Il est vrai que l’étude du Global Carbon Project elle-même estime que la hausse enregistrée cette année pourrait n’être qu’un pic conjoncturel et non un avant-goût de ce qui se profile pour les prochaines années…

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http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/climat-le-monde-entier-dependant-des-efforts-de-la-chine-757801.html

2 – Caldius B-250 « Al Badr » : l’étoile du Dubai Air Show 2017 (TTU Online)

Quelque peu masquée par les annonces choc de méga-contrats commerciaux avec Airbus et Boeing, la présentation au Dubai Air Show 2017 du chasseur biplace léger Calidus B-250 n’a pas manqué d’interpeller les spécialistes. Cet avion à hélice tout noir, qui ressemble à un croisement entre un Beechcraft T-6C Texan II et un Embraer A-29 Super Tucano, est le tout premier avion militaire produit aux Emirats Arabes Unis. Mû, comme nombre de chasseurs légers COIN (COunter-INsurgency) actuels, par un turbopropulseur Pratt & Whitney Canada PT6A-68 de 1 600 ch, cet avion d’attaque léger est le résultat d’un partenariat entre les EAU (Calidus) pour le financement et le marketing, le Brésil (Novaer) pour la conception, et les USA (Rockwell Collins) pour l’avionique de bord. On savait l’industrie émirienne capable de produire ou de participer, à travers de nombreux partenariats en Europe, à la fabrication de matériels terrestres modernes (armes à feu et véhicules blindés) et navals (vedettes et corvettes), voire de drones. Il apparaît qu’avec le B-250, les EAU visent désormais à prendre également pied dans le monde des avionneurs. On se souvient que la création en 2014 de l’Emirates Defense Industries Company (EDIC), placée sous la direction de Luc Vigneron — ancien PDG de Thales — a constitué le premier effort des EAU pour établir une industrie d’armement locale pleinement intégrée ; suite au regroupement de diverses sociétés précédemment sous la coupe de Mubadala Development Company, de la Tawazun Holding et de l’Emirates Advanced Investments Group. Toutefois, dans le cas du Calidus B-250 — baptisé localement «Al Badr» (ou Pleine Lune en langue arabe) —, il s’agit d’une initiative privée dans la logique des plans nationaux «Vision 2021» et «Vision 2030» qui s’inscrivent dans le développement accru des Emirats en tant que foyers d’innovation technologique dans tous les domaines ; et propres également à assurer une certaine autonomie nationale en matière de défense. En réalité, si la cellule du B-250 a été entièrement conçue au Brésil (d’où son immatriculation civile PT-ZNU à côté de la cocarde des EAU) par la firme Novaer Craft à São José dos Campos près de São Paolo, c’est la société US Rockwell Collins qui a défini toute l’avionique en adaptant au besoin militaire sa «Pro Line Fusion digital avionics suite», un ensemble électronique très haut de gamme issu de l’aviation d’affaire VIP. Il inclut un viseur tête-haute (HUD) et en option une boule EO/IR/laser montée en position ventrale.

Retrouvez l’intégralité de l’article avec ce lien :
https://www.ttu.fr/calidus-b-250-al-badr-letoile-dubai-air-show-2017/

 

3 – L’IoT, le tsunami mal compris par les entreprises françaises (Silicon, Christophe Lagane)

Dans quelle mesure la révolution IoT a commencé ? Selon plusieurs experts IT (Accenture, Econocom, HPE…), son adoption par les entreprises est encore trop lente. « On ne peut pas imaginer que le monde, qui est en train de se connecter comme il se connecte, ne va pas radicalement changer les choses. » Cofondateur de la société Z#bre, qui conçoit des solutions d’objets connectés, Jean-Marc Vauguier intervenait dans le cadre de la table ronde consacrée à l’Internet des objets (IoT) et organisée par le Club de la Presse Informatique B2B de José Diz, ce mercredi 22 novembre. Pour l’entrepreneur, qui s’est lancé dans l’aventure il y a quatre ans, ces changements s’imposeront dans les comportements et dans les modèles économiques attachés. Car, par définition, « l’IoT est la capacité de mettre de l’intelligence là où il n’y en a pas ». Une analyse que complète Stephan Hadinger, Responsable architecture chez Amazon Web Services (AWS) : « L’IoT est caractérisé par des appareils à capacité réduite auxquels on associe la puissance d’une capacité centrale, le Cloud, pour compléter ce qui provient des objets. » A condition de fournir aux développeurs et aux divisions opérationnelles les outils pour aller directement sur la valeur business. « Une des grosses tendances qu’ont voit en complément de l’IoT est le temps réel, la capacité de traiter ce flux de données instantanément pour être capable de détecter des événements qui se sont passés dans les 5 dernières secondes », illustre-t-il. L’IoT, ou le M2M (Machine to Machine), n’est pas nouveau en soi et s’inscrit dans la continuité des systèmes automatisés et de la robotique industrielle, connectée depuis les années 70-80, considère l’auditoire. « L’IoT est un complément à ce monde qui ajoute de l’information et évite d’avoir à retravailler un système obsolescent ou qui permet de donner des informations à distance », souligne Bernard Fourdrinier, Consultant chez Teradata International (solutions business analytics et d’analyse des données, produits et services cloud hybride). Et de citer l’exemple d’une application de badge connecté autonome distribué à des victimes de la maladie d’Alzheimer afin de pouvoir les localiser.

Un nouveau modèle économique

Ce type d’application est aujourd’hui possible grâce à l’effondrement de la barrière des coûts des composants qui permettent de réaliser des prototypes pour quelques euros, notamment avec les Raspberry Pi, et lancer les tests. « Après, le défi, c’est le passage à l’échelle pour l’entreprise », note Mamadi Keita, Responsable IoT France et Benelux chez Accenture (un des leaders mondiaux des services IT aux entreprises et administrations). Car « l’IoT est un des vecteurs de la transformation numérique, considère Frank Souguir, Directeur de la BU IoT chez Econocom (qui accompagne aussi les projets digitaux des entreprises et des organisations publiques). « On le voit chez nos clients qui ont besoin de réduire leurs coûts et augmenter leurs revenus en ramenant plus d’intelligence de la donnée qui provient de l’objet. » Une intelligence qui ouvre la porte à de nouveaux modèles économiques. Par exemple, General Electric a bardé ses turbines électriques de capteurs qui permettent de faire des interventions en temps réel pour les optimiser à distance. « GE change son business modèle de vente de turbine à une vente de kWh par produit », rappelle Stephan Hadinger. « Le modèle de fonctionnement est la vente directe d’un service avec des moyens pour optimiser les coûts des interventions », confirme Florence Laget, Directrice Big Data chez HPE. Une évolution qu’Accenture vient d’appliquer à son client Biesse, fabricant de machines pour l’usinage du bois et des matériaux technologiques. « On a travaillé avec eux sur le modèle économique et sur la mise en œuvre de solutions IoT en équipant leurs machines de capteurs », témoigne Mamadi Keita. « L’entreprise est aujourd’hui plus efficace dans sa maintenance mais peut aussi offrir de nouveaux services en envoyant à distance de nouveaux softwares sur les machines pour optimiser les fonctionnements. » Le responsable IoT est ainsi convaincu que cela « permet de réduire les coûts et d’augmenter les revenus ».

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GRANDS PROBLÈMES DE DÉFENSE
ET DE SÉCURITÉ

 

1 – Pierre de Villiers, le général a décidé de l’ouvrir (Causeur, Aurélien Marq)

Le général Pierre de Villiers a démissionné de son poste de chef d’état-major des armées sans démissionner de ses responsabilités, ni de son engagement pour la France. C’est en vérité et par la vérité qu’il sert encore notre pays, troquant l’épée pour la plume, suggérant sans jamais essayer d’imposer, portant simplement à la connaissance de chacun de quoi se faire une opinion lucide et réfléchie sur les questions de défense.

La paix ne va pas de soi. Il faut la conquérir et, une fois conquise, la préserver.

Servir est un livre à l’image de son auteur : pudique, résolu, érudit, sincère. Profondément respectueux de la République et de ses institutions, amoureux de la France, viscéralement attaché aux hommes et aux femmes qui la défendent. Vous n’y trouverez nul règlement de compte, nul esprit polémique, nulle envie de se mettre en avant. Des faits, des propositions, et l’émotion qui affleure parfois au détour d’une phrase malgré la réserve et l’exigence d’objectivité que Pierre de Villiers s’impose.

La véritable victoire se reconnaît plus à ses fruits qu’à ses trophées.

Je n’essayerai pas ici de résumer cet ouvrage, il mérite d’être lu, et lu en entier. Le dernier chapitre, « aimons notre jeunesse, elle nous le rendra », le justifierait à lui seul : c’est un diagnostic limpide et un appel à l’engagement d’autant plus percutant que son optimisme est de volonté et non de naïveté.

Le débat entre la force et la violence est fondamental sur ce plan. A la lumière du terrorisme, la violence est un déni de l’autre, alors que la force implique une retenue de la puissance. La force se refuse à la cruauté, à laquelle la violence conduit souvent. La force peut être affirmée, quand la violence se déchaîne. La violence recule là où la force avance.

Servir est accessible à tous, connaisseurs du monde militaire et de la géostratégie comme néophytes qui ignoreraient encore ce que sont Barkhane et Corymbe. On regrettera peut-être que certains points ne soient pas d’avantage développés, mais c’était sans doute nécessaire pour rendre compréhensible au grand public un tour d’horizon aussi complet des menaces contemporaines comme de l’état de nos forces, et même les spécialistes apprécieront ce point de situation. De Sun Tzu à la guerre spatiale, de Sentinelle à la lutte contre la piraterie dans le golfe de Guinée, de la nécessité de la souveraineté à l’importance de la coopération, des flux migratoires aux dérèglements écologiques, du terrorisme islamiste (« Face à cet adversaire, face à cette idéologie, face à cette situation sécuritaire, nous devons inscrire nos actions dans le temps long. Vaincre demandera des années d’endurance, de constance et de persévérance. ») aux ambitions renouvelées des états (« Le monde réarme (…) L’avantage technologique dont disposaient l’Europe et l’Occident est en train de fondre. L’heure de la fin de l’insouciance a sonné. »), de la solidarité à l’autorité.

L’important n’est pas l’exercice du pouvoir, mais celui de la responsabilité.

Pas besoin, non plus, d’avoir l’expérience des finances publiques – même si lorsqu’on a soi-même affronté Bercy la litanie « gels, annulations, reports de charges, reports de crédits, surcoûts OPEX et OPINT » prend une saveur particulière. L’essentiel est simple : il est grand temps de renoncer aux illusoires « dividendes de la paix » et de se souvenir que « le prix de la paix, c’est l’effort de guerre ». Passer de la gestion à la stratégie devient urgent, tout comme il est urgent que la nation fasse preuve de loyauté envers ces hommes et ces femmes qui versent leur sang pour elle, en leur donnant les moyens de remplir leurs missions et de vivre décemment avec leurs familles.

Le général ne se contente pas d’affirmer, il prouve. On apprend ainsi que notre porte-avions, notre unique porte-avions, est bloqué pour entretien pendant…. un an et demi. Ou que pour transporter nos troupes l’armée de l’Air doit louer des avions russes et des équipages ukrainiens, ce qui ferait sourire dans un Indiana Jones mais beaucoup moins lorsque, comme le dit Pierre de Villiers, on fait la guerre à balles réelles. De même, le fiasco historique du logiciel de traitement de la solde Louvois est une formidable leçon de bêtise technocratique et d’obstination infantile.

Et pourtant, l’amour de la patrie demeure, intact.

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2 – Daesch, et après ? Trois questions à Hugo Micheron (Institut Montaigne)

En marge de l’inauguration du Louvre Abou Dhabi aux Emirats Arabes Unis le 9 novembre dernier, Emmanuel Macron a déclaré que la bataille contre Daesh serait remportée « dans les prochains mois », tout en rappelant que la menace jihadiste resterait présente. Que peut-on espérer pour cet « après-Daesh » et quels sont les risques qui émergent à présent, notamment via le phénomène des « revenants » ? Nos questions à Hugo Micheron, arabisant, Doctorant à la Chaire d’Excellence Moyen-Orient Méditerranée de l’ENS.

Le président Macron a annoncé, lors de son allocution à Abou Dhabi, que la lutte contre l’EI sur le territoire irako-syrien allait s’achever dans « les prochains mois ». Quelle est la situation de Daech en tant qu’organisation au Moyen-Orient ?  

Daesh s’est effondré militairement au Levant. Avec la perte de Raqqa, l’organisation terroriste se voit non seulement privée de sa « capitale » symbolique en Syrie mais également de ce qui était sa plateforme logistique et administrative. En tant qu’entité territoriale, Daesh n’existe plus. La chute de Raqqa a sonné le glas de sa défaite sur le front moyen-oriental. Cela correspond à la fin d’un mouvement enclenché avec le recul des jihadistes à Kobané, en janvier 2016, face aux forces kurdes. Le reflux territorial de Daesh s’en était suivi. 

On ne peut pas dire pour autant que l’on assiste à la fin du jihadisme… La défaite de Daesh jette un discrédit sur l’organisation ainsi que le projet « califal » qu’elle a porté au cœur de la crise syrienne, mais pas forcément sur l’utopie jihadiste qui perdure. Cela vaut pour l’autre front du jihadisme : l’Europe et notamment la France.  

En France, près de 690 personnes sont incarcérées à l’heure actuelle pour leurs liens avec Daesh. Parmi elles, on dénombre plus de 250 « revenants » de Syrie. Les autres sont des individus arrêtés en France pour leur implication dans la logistique, le recrutement ou des tentatives d’attentat sur le sol français, en lien avec Daesh ou Al-Qaïda. 

Que pouvons-nous dire de la suite des événements ? Il faut se rappeler que Daesh avait profité du chaos syrien pour émerger et s’imposer comme un acteur important dans la dynamique du conflit. Il est donc nécessaire d’observer avec attention les développements en cours en Irak et en nord-Syrie et d’œuvrer à la stabilisation de cette zone qui fait l’objet à l’heure actuelle de très fortes tensions entre l’Iran et ses alliés chiites d’une part et les pays sunnites du Golfe, Arabie saoudite en tête, d’autre part. Les jihadistes irakiens en déroute pour l’heure considèrent qu’ils ont perdu une bataille mais non la guerre. A la fin des années 2000, déjà, les jihadistes irakiens étaient présentés comme « vaincus » suite à la reconquête du Nord du pays par les forces tribales irakiennes (mouvement dit des « sahawat« ) mais les jihadistes avaient démontré avec la prise de Mossoul à l’été 2014 qu’ils étaient capables de revenir plus forts après plusieurs années de clandestinité. Rappelons également que d’autres groupes jihadistes sont à l’œuvre dans cette zone, tel Hayat Tharir El Cham, filiale d’al-Qaeda, qui reste active dans le Nord de la Syrie, notamment à Idlib.

Daesh, en tant qu’organisation, ne survivra peut être pas à la perte de son emprise territoriale, mais le jihadisme demeure une problématique centrale dans la recomposition politique, géographique et idéologique actuelle du Moyen-Orient. Tout comme elle le reste pour la France, qui doit désormais gérer un nombre sans précédent de jihadistes dans ses centres de détentions et autant de jihadistes sur zone (près de 700 dont une majorité de femmes et d’enfants) qui posent des questions juridiques, sécuritaires et politiques qui ne sont pas toutes résolues. 

S’agissant du retour des Français partis rejoindre Daesh, M. Macron a indiqué que les femmes et les enfants seraient étudiés au « cas par cas » : qu’en est-il exactement ? Quant aux combattants capturés sur place, quel sera leur avenir ?

En principe, tous les jihadistes présents en Syrie font l’objet d’une enquête judiciaire. Les attentats du 13 novembre 2015 ont marqué un tournant dans la gestion des “revenants”. Jusqu’alors, la majorité des individus concernés était jugée en correctionnel, se voyant la plupart du temps condamnés à des peines autour de huit à dix ans de prison maximum. C’était peu à l’égard du profil de certains jihadistes de retour, beaucoup si l’on s’en tenait aux explications de certains avocats qui s’en tenaient d’un point de vue légal au manque de pièces probantes documentant leurs activités et leurs séjours sur place. Suite aux attentats de 2015, la décision a été prise de pouvoir juger les retours de Syrie devant les assises, leur faisant encourir des peines plus lourdes et ouvrant donc davantage l’éventail de l’échelle des peines (jusqu’à 20 ans). S’agissant des mineurs, ils sont systématiquement pris en charge par les services de l’Etat, souvent placés en familles d’accueil avec un suivi spécifique de la DDASS et des acteurs sociaux. La possibilité de réintégrer dans la société des jeunes mineurs, souvent très endoctrinés, dont la boussole morale est parfois complétement cassée, est inconnue. 

Concernant les jihadistes restés sur place malgré les défaites successives de Daesh en 2016-2017, la politique jusqu’ici tacitement formulée a été de préférer qu’ils ne « rentrent pas ». Les propos de la ministre de la Défense Florence Parly, le 15 octobre, marquant sa préférence pour que les jihadistes français trouvent la mort à Raqqa allaient dans ce sens. Mais la débâcle territoriale totale de Daesh change la donne, car émerge désormais le problème de la traçabilité des retours. 

Laisser les jihadistes aux mains de la justice vengeresse des milices irakiennes ou kurdes, comme l’avancent certains, n’est sans doute pas dénué de fondement. Mais outre que c’est une nouvelle fois se défausser d’une responsabilité morale et judiciaire qui incombe à la France, c’est aussi courir un risque que beaucoup ne semblent pas envisager dans le débat public. 

D’une part, la possibilité que certains de ces individus soient remis en liberté ne peut être exclue. Le mois dernier par exemple, le Hezbollah a relâché plusieurs dizaines de jihadistes de Daesh à la frontière irako-syrienne (sous protection russe !) en échange de la libération d’une poignée d’officiers chiites. D’autre part, s’en remettre à l’Irak ou au régime syrien, des Etats très affaiblis, pour « gérer » les jihadistes français revient à poser une hypothèque hasardeuse sur l’avenir et accepter de les voir potentiellement « réapparaître » là où on s’y attend le moins. Que faire par exemple si dans dix ou 15 ans, le régime syrien menaçait le gouvernement français de relâcher « dans la nature » une quinzaine de jihadistes français qu’ils conservaient précieusement comme moyen de chantage diplomatique ?

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http://www.institutmontaigne.org/blog/daesh-et-apres-trois-questions-hugo-micheron


3 – L’épineux défi de la structuration de la filière cyber française : « Des territoires à l’international » Partie ½ (Le portail de l’IE, Alexis Maloux)

Le 31 octobre dernier se tenaient, au siège de la Direction générale de la Gendarmerie nationale (DGGN), les 5èmes Rencontres Parlementaires de la Cybersécurité. Organisé par le CyberCercle, cet événement quasi-intimiste a regroupé des personnalités incontournables du monde du cyber français autour d’une problématique fondamentale : comment les politiques publiques peuvent-elles aider à renforcer la filière cybersécurité des territoires à l’international ? Députés, élus régionaux, responsables de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), de la Direction générale de l’armement (DGA) et de sociétés françaises du domaine du cyber ont débattu sans détour lors de trois tables rondes, questionnant le dialogue public-privé, les politiques des collectivités territoriales et la conquête des marchés à l’international.

« Mise en adéquation de l’offre et de la demande d’emploi »

Tout au long de cette journée sont revenues sur la table quelques préoccupations centrales, au premier rang desquelles celle de la formation : avec seulement 25% des besoins en recrutement couverts en 2015 selon le cabinet Ernst & Young, 8% de croissance des effectifs attendus sur les cinq prochaines années et une mise en place tardive et désordonnée d’offres de formation initiales, continues et courtes, le sujet de l‘adéquation de l’offre et de la demande d’emploi dans le secteur n’a pas fini de tourmenter les acteurs publics. Côté recruteurs, les intervenants ont témoigné de leur difficulté à trouver les meilleurs candidats quand ceux-ci, se prévalant souvent plus d’une formation autodidacte que de diplômes, sont parfois attirés par des salaires jusqu’à trois fois plus élevés à l’étranger que les 45 000 euros annuels proposés en début de carrière en France dans un groupe comme Airbus. Pour pallier cela, Nacira Salvan, présidente du Cercle des femmes de la cybersécurité (CEFCYS) préconise – et œuvre déjà elle-même pour – une sensibilisation en amont, dès le collège et le lycée ; « le nerf de la guerre cyber aujourd’hui, c’est la ressource humaine et les talents », martèle quant à lui François Lavaste, responsable Digital Security chez Airbus Defence and Space. C’est dans cette logique que le Pôle d’excellence cyber (PEC, créé fin 2014 sous l’égide du ministère de la Défense et implanté en Bretagne) a produit un catalogue des formations et des diplômés en France : ces derniers sont 2 000 à entrer sur le marché du travail chaque année quand le besoin avoisinerait plutôt les 6 000. Or dans ce domaine stratégique, la main d’œuvre n’est ni importable ni délocalisable. Selon Christian Daviot, conseiller stratégie du Directeur général de l’ANSSI, le problème viendrait de la « cécité » et de la lenteur de l’administration à réagir à de nouveaux phénomènes et à recruter en conséquence – que ce soit dans le domaine des objets intelligents, des smart cities ou du cyber. C’est pourquoi la DGGN finance chaque année des thèses et crée des partenariats avec des établissements d’enseignement supérieur et de recherche, tandis qu’une soixantaine de réservistes y sont sélectionnés pour leur spécialité en numérique, surtout sur le « dark net ». Du côté de la région Provence Alpes Côte d’Azur, Philippe Vitel a annoncé le vote fin octobre d’un dispositif doté d’un million d’euros pour la reconversion des militaires ayant des compétences dans ces métiers de niche. Il projette par ailleurs l’ouverture d’une option cybersécurité dans les lycées militaires à commencer par celui d’Aix-en-Provence. Selon cet homme d’expérience, « la région est un périmètre pertinent pour la prise en charge du cyber, tout simplement parce que c’est le périmètre pertinent du domaine universitaire ».

« PME et collectivités territoriales ne savent toujours pas bien vers qui se tourner»

En deuxième lieu, la question de la prise en charge efficace et coordonnée de la cybersécurité par les acteurs publics est revenue continuellement au cours de ces tables rondes. M. Daviot a certes souligné le grand chemin parcouru depuis dix ans quand, en écho aux cyber-attaques massives subies par l’Estonie, l’Etat français a commencé à s’y intéresser. Dans le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008 est alors demandée la création de l’ANSSI qui compte au début une centaine de personnes et ne s’occupe que de certifications mais développe par la suite une vraie politique industrielle. Figurent ensuite dans la Loi de programmation militaire (LPM) de 2013 des articles qui imposent aux « opérateurs d’importance vitale » (OIV) un certain nombre de mesures techniques (notamment des sondes de détection d’attaques informatiques) avec l’idée de favoriser le développement d’une filière. L’ANSSI accompagne les entreprises dans le développement de solutions de protection souveraines : on voit ici un exemple de politique publique qui a eu pour effet la création d’un marché industriel. Avec la stratégie de 2015, la cybersécurité devait être considérée comme un avantage compétitif et les entreprises ont été responsabilisées sur ce point.

 Retrouvez l’intégralité de l’article avec ce lien :
https://portail-ie.fr/analysis/1663/cr-lepineux-defi-de-la-structuration-de-la-filiere-cyber-francaise-des-territoires-a-linternational-partie-12

 

(On peut consulter la partie 2/2 avec le lien suivant :
https://portail-ie.fr/analysis/1673/cr-lepineux-defi-de-la-structuration-de-la-filiere-cyber-francaise-des-territoires-a-linternational-partie-22 )