7 octobre 2023.
Trois ans déjà …
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Pascal Le Pautremat (*)
Rédacteur en chef d’Espritsurcouf
Les massacres du 7 octobre 2023, perpétrés par les commandos du Hamas sur le territoire israélien, à partir de la Bande de Gaza, ont causé la mort de 1 221 personnes dont plus de 800 civils – parmi eux, une quarantaine d’enfants et plusieurs dizaines de ressortissants étrangers ou binationaux –, plusieurs centaines de membres des forces de sécurité, relevant de l’armée israélienne (Tsahal), de la police ou d’agences de sécurité locales. Ces bilans macabres ont été établis à partir des données d’organismes internationaux, de médias israéliens et des rapports des services de sécurité israéliens,
Pour le seul festival de musique, qui se déroulait à 5 kilomètres de la frontière avec la Bande de Gaza et à proximité du kibboutz de Réï, 378 victimes ont été dénombrées.
Quant au nombre de blessés, les rapports médicaux ont fait état de plus de 7 500 blessés le jour de l’attaque.
Les commandos du Hamas, lors de leur incursion, se sont emparé de 251 personnes – certaines déjà mortes – pour les emmener dans la bande de Gaza. Il fallut plusieurs années pour pouvoir secourir 154 personnes qui ont pu rentrer en Israël, soit grâce des actions spéciales, soit au prix de longues négociations (notamment par les accords de trêve de la fin de l’année 2023 puis de la fin 2025). Officiellement, il resterait 97 personnes toujours considérées comme captives, sans que l’on sache si elles sont toutes vivantes. Les services israéliens ont reconnu qu’au moins 34 d’entre elles étaient malheureusement décédées. Mais leurs corps sont toujours localisés à Gaza.
Quant au nombre de personnes souffrant de stress post traumatique, après les attaques du 7 octobre, il est estimé à plus de 580 000 victimes. Elles présentent des symptômes graves de stress post-traumatique (TSPT) selon les rapports officiels et les estimations des autorités sanitaires d’Israël ; et l’Institut national d’assurance aurait même reconnu que plus de 70 000 citoyens israéliens étaient considérés invalides pour troubles mentaux ou blessures psychologiques.
Si 1 500 à 1 600 Palestiniens, paramilitaires du Hamas, infiltrés sur le sol israélien, ont été tués le jour même leur incursion, plusieurs centaines d’autres auraient été faits prisonniers dans les jours qui ont suivi, notamment, lorsque les services spéciaux israéliens et Tsahal ont engagé une intervention massive et polymorphe pour éliminer les commanditaires, les preneurs d’otages et diverses katibas du Hamas implantés dans la Bande de Gaza et à Gaza même.
Les pertes palestiniennes– membres hiérarchiques des diverses cellules et unités paramilitaires, et civils confondus – ont ainsi atteint le chiffre de 74 018 tués auxquels on peut ajouter plus de 175 000 blessés selon le ministère de la Santé de Gaza ; chiffres jugés fiables par les organismes de l’ONU. Les opérations militaires dans une zone très fortement peuplée, sur un théâtre d’opération caractérisé par une urbanisation conséquente, n’ont fait que précipiter la mort de très nombreux civils, en raison de l’imbrication extrême des populations et des acteurs paramilitaires.
Les offensives et opérations diverses menées à l’encontre des Palestiniens de la Bande de Gaza font l’objet, on le sait, d’appréciations contrastées, sources de débats tendus et de vives critiques quant à la politique d’Israël soutenue par Benjamin Netanyaou et son gouvernement au sein duquel l’extrême-droite juive est largement majoritaire.
Depuis, l’antisémitisme se déchaîne à travers le monde et en Europe en particulier. Les approches partisanes conduisent à tous les excès et raccourcis. Les réseaux sociaux sont devenus les tribunes d’individus pétris de certitudes, sans connaissances profonde de la question israélo-palestinienne. Nombreux sont ceux qui assènent des contre-vérités historiques, insultent, conspuent et s’entredéchirent. Tout cela est vain car cela ne réglera rien.
Les boycotts ou récupérations politiques d’évènements culturels sont, eux aussi, devenus assez fréquents. Ainsi, la 83ème édition du festival international du film de la Mostra de Venise, qui s’est déroulée du 2 au 12 septembre 2026 au Lido, est-elle devenue un espace politisé où l’on a largement applaudi – durant 25 minutes – un reportage de 80 minutes, Naza réalisé par deux journalistes israéliens, Yuval Abraham et Rachel Szor, et qui a reçu le prix spécial du jury. Les deux réalisateurs et journalistes y mettent en avant le témoignage de 24 soldats israéliens et membres de services de renseignement, qui soutiennent la thèse de la vengeance institutionnalisée, suite aux événements du 7 octobre 2023, et qui aurait conduit à viser sciemment les populations civiles.
Le documentaire fait scandale en Israël, divise les citoyens et le Shin Bet comme Tsahal ont ouvert une enquête, pour fuite de documents classifiés.
On ne rentrera pas ici dans la polémique même si, dans l’absolu, on peut facilement supposer que certains militaires, accablés par la perte de proches, ont pu basculer dans un état second et vouloir se venger, en faisant valoir une tradition biblique : celle du « vengeur du sang » (Guel hadam) pour réclamer justice et laver l’affront du sang versé. Certains ont pu aussi faire valoir la notion de vengeance ou revanche (Neqmah ou Naqam), là aussi en se raccrochant à la tradition hébraïque.
Une telle posture se retrouve dans tous les conflits, à travers les âges, toutes obédiences confondues, et révèle toute la complexité du ressenti humain et de la posture individuelle – et parfois collective – par rapport à des situations extrêmes.
Mais dans le cas des opérations lancées à Gaza, avancer l’institutionnalisation de la dynamique d’une extermination massive doit être étayé ; il y a bien des documents probants à fournir avant d’affirmer la tenue d’une telle politique.
En tout cas, l’impact du documentaire est un peu décrédibilisé par la nature même du président de la Biennale de Venise (qui supervise la Mostra), Pietrangelo Buttafuoco, connu pour un parcours politique loin de toute modération. Il fut un temps militant d’extrême droite au sein du MSI (Mouvement social italien, parti néofasciste) et d’Alleanza Nazionale, avant d’être nommé à la tête de la prestigieuse institution culturelle en 2024 par le gouvernement de Giorgia Meloni. Il s’est aussi converti à l’islam chiite, sous le nom de Giafar al-Siqilli, a rédigé divers ouvrages consacrés à la place de l’Islam en Europe, en étant proche des Frères musulmans, et entretient des liens solides, par des prismes culturels et intellectuels, avec le régime iranien.
La guerre que mène Israël au Hamas est aussi transposée dans une série à succès, Fauda, (Chaos) créée en 2015, dont la cinquième saison est actuellement diffusée. La réalité a rattrapé la fiction. L’un des producteur, Matan Meir, est mort à Gaza, où il participait à des opérations militaires en tant que réserviste. La cinquième saison a été réécrite pour prendre en compte la tragique journée du 7 octobre (au cœur même de deux épisodes). Cela peut surprendre mais la série passionne non seulement les Israéliens mais aussi les Palestiniens et les populations du Proche-Orient (au Liban et en Jordanie, aux Émirats arabes unis mais aussi au Qatar, à Bahreïn, en Égypte et au Maroc). La série bénéficie en effet d’une forte audience, tant elle évite les caricatures, fait preuve de réalisme et approfondit les caractères et parcours de vie bien évidemment des Israéliens des services spéciaux et de leurs familles, qui demeurent tout de même des héros de cette fiction, quoique de plus en plus brisés et traumatisés, mais aussi les Palestiniens eux-mêmes.
Toujours est-il que la violence et la tragédie que partagent ces deux peuples, sont immenses, génération après génération, et ne peuvent que désoler infiniment.
La parution de ce 288ème numéro d’Espritsurcouf insiste sur diverses situations conflictuelles, et qui concerne notamment l’Europe.
Ainsi, Jean-Dominique Giuliani porte-t-il l’attention sur les relations complexe entre la Cihne et les pays européens dont le socle économique n’échappe pas aux rapports de force et d’influence : « La Chine pour l’Europe : prédateur ou partenaire ? » (Rubrique HUMEURS).
Face à la Russie, les pays européens ont une posture qui interpelle et semble à géométrie variable, entre effet d’annonce et réalité. Une situation que ne manque pas de relever Massimo Nava : « Sanctions contre la Russie entre rigueur, hypocrisie et dégât » (Rubrique GEOECONOMIE).
André Dulou, dans sa nouvelle REVUE D’ACTUALITE, fait le point sur les efforts de défense de l’Union européenne, tout en mettant en exergue la place de la France au cœur de ce qui relève d’une stratégie lancée depuis plusieurs décennies…
En prolongement de la réflexion sur la place de l’industrie de Défense dans notre pays, nous vous proposons le témoignage d’Alain Juillet et d’Emmanuel Chiva sur le sujet : « Révélations sur l’industrie de défense française » (Rubrique DEFENSE).
Laure Fanjeau, pour sa rubrique, revient sur la notion de « devoir de mémoire » à une époque où les anciens combattants disparaissent, les témoins directs des conflits se font rares et, avec eux, s’éloigne une mémoire incarnée, transmise de génération en génération. (Rubrique ÉCRAN RADAR).
Remontons, par ailleurs, le temps et portons notre regard, grâce à Paul Villatoux, sur les prémices de la stratégie aérienne aux Etats-Unis, à travers le rôle majeur du général William « Billy » Mitchell (1879-1936), officier de talent et déterminé, critique à l’égard de sa hiérarchie, très peu connu en France alors que son rôle fut majeur dans la naissance de l’US Air Force (Rubrique HISTOIRE).
Enfin, en matière de lecture, nous mettons en avant le dernier ouvrage que Julie d’Andurain et François Cochet viennent de faire publier, en revenant sur la place des lieutenants dans l’armée française à travers plus de deux siècles d’histoire militaire, leurs spécificités de meneurs d’hommes, selon les époques et les conjonctures, sans omettre de proposer des témoignages révélateurs de destinées où une certaine idée de la France y était mise en avant, tout comme la notion de service et de don de soi. Cf Julie d’Andurain & François Cochet, Destins de lieutenants français de 1800 à nos jours. Paris, Ed. Pierre de Taillac, 2026, collection « Géopolitique », 2026, 288 pages. (Rubrique LIVRES).
Bonne lecture !
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(*) Pascal Le Pautremat, Docteur en Histoire Contemporaine, diplômé en Défense et Relations internationales, est maître de conférences à l’UCO (Campus de Nantes), Directeur du Département de Science Politique. Il a enseigné à l’École Spéciale militaire de Saint-Cyr et au collège interarmées de Défense. Auditeur de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense nationale), ancien membre du comité de rédaction de la revue Défense, il est le rédacteur en chef d’Espritsurcouf. Son dernier ouvrage : Géopolitique de l’eau – L’“Or bleu” et ses enjeux, entre prospectives, crises et tensions... Éditions L’Esprit du Temps, Paris, (juin 2020) présenté dans la rubrique Livre d’Espritsurcouf Ouvrage collectif auquel vient de participer : Lucas Verhelst (dir.), Manuel d’un monde en transition(s). 101 obstacles au changement. 101 pistes d’action. La Tour-d’Aigues, éditions de l’Aube, Collection « La Terre En Vie » paru en 2025. |
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