Corruption, lobbying… et indépendance

Pascal Le Pautremat (*)
Rédacteur en chef d’Espritsurcouf
;

L’information n’est malheureusement que très peu évoquée par les médias de la doxa. Pourtant, le journal Le Monde n’a pas manqué d’en faire état.

« Au moins un quart des eurodéputés impliqués dans des affaires ou des scandales » titrait, le 31 janvier dernier, l’article d’Anne Michel et de Vincent Nouvet : « A quelques mois des élections européennes, un décompte inédit révèle l’ampleur des infractions à la loi et des manquements reprochés aux eurodéputés sortants, de la corruption au harcèlement, en passant par le détournement de fonds. […] »

Ainsi, outre les Commissaires européens, non élus et adeptes d’une technocratie particulièrement hors sol, une présidente de la Commission européenne qui se donne des airs de Présidente fédérale, il faut compter sur des eurodéputés qui, pour plus du quart d’entre eux, sont impliqués dans quelque 253 affaires ou scandales. Sont ainsi concernés au moins 163 députés européens, pour la seule période 2019-2024. Les délits sont divers, allant du vol d’un téléphone portable au détournement de fonds publics européens ou même à la complicité de meurtre. Près de 45 affaires relèvent de la corruption ; quarante-quatre autres portent sur de la fraude et du détournement d’argent. Enfin, quarante-six relèvent du harcèlement moral ou sexuel.

Mais, il semblerait que ce nombre soit sous-évalué. C’est en tout cas une honte absolue, un scandale qui n’est même pas source d’une vive colère à l’égard d’un système qui, par ailleurs, fait la part belle aux lobbyistes. Car, en effet, le jeu d’influence est considéré comme légal. Ce qui ne lasse pas de surprendre et d’écœurer à la fois.

Certes, il est demandé, depuis 2011, une certaine transparence et une identification des divers groupes d’influence. Et depuis décembre 2020, les Etats doivent même se faire connaitre lorsque leur propre gouvernement fait appel à des cabinets de conseil à Bruxelles. Ceux-ci y sont d’ailleurs bien implantés, au plus près des institutions européennes.

Les lobbyistes visent non seulement les commissaires européens mais aussi le conseil de l’Union, chargé de la coordination des politiques économiques des Etats de l’UE. Pour l’instant, leurs rencontres avec des parlementaires et leurs assistants ne sont pas obligatoirement répertoriées. Un non-sens que pourrait être prochainement corrigé.

Et que dire des anciens élus qui jouent de leurs connaissances des arcanes de l’UE auprès des grandes groupes industriels ou de grandes banques pour s’y garantir des lendemains dorés dans le secteur privé…

Début 2023, ce sont plus de 12 500 groupes de lobbying qui ont été enregistrés, de manière officielle, auprès des instances européennes. Ils étaient près de 5 000 en 2013…

Pour le N°231 d’Espritsurcouf, Christian Fremaux nous livre son regard sur le processus de délitement de notre pays, de notre culture face à des adeptes de sa déstructuration, empreint d’un « wokisme », véritable fourre-tout, et à ceux qui se désengagent de leurs responsabilités citoyennes…Toutefois, il garde l’espoir que cela puisse s’inverser : « L’espoir pour tout bagage » (rubrique Humeurs).

Achille Christodoulou, pour sa part, insiste sur le rapport de force établi entre les Etats-Unis et l’Europe, les premiers s’appliquant à trouver des failles juridiques pour y étendre leur jeux d’influence sur fond de guerre économique : « L’extra-territorialité du droit, enjeu de puissance et guerre secrète entre les Etats-Unis et l’Europe » (rubrique Géopolitique).

Sur le plan historique, nous vous proposons le deuxième et dernier volet de notre étude consacrée à la loi de 1905 et à ses conséquences quant à la rupture entre l’Eglise et l’Etat (Pascal Le Pautremat : « 1905, l’Eglise séparée de l’Etat » (2ère partie, rubrique Histoire).

Dans le domaine de la sécurité, Edmond Debarle, Historien et spécialiste de l’histoire de l’Algérie coloniale, ravive les mémoires pour montrer combien le terrorisme tel qu’il fut vécu et relaté en octobre dernier, en Israël, renvoie aussi à des exactions qui ont traversé les âges et plus particulièrement le dernier siècle : « Le terrorisme d’un siècle à l’autre » (rubrique Sécurité). Un article qui ne manquera pas de vous inciter à relire ou découvrir les textes de Danièle Sabbah et de Jean-Louis Fanjeau parus sous le titre de « Regards croisés sur les guerres d’Algérie et israélo-palestinienne » dans la rubrique Histoire du N°229

Enfin, vous découvrirez la nouvelle Revue d’actualité d’André Dulou, avec son éditorial « Au nom de la liberté». L’occasion d’y lire notamment quelques documents portant sur l’Europe spatiale, l’OTAN, l’économie chinoise…

Dans la rubrique Livres, nous attirons votre attention sur le dernier ouvrage, parus en deux tomes, de Jacques Villemain, diplomate et juriste spécialisé en droit pénal international, Histoire politique des colonnes infernales, paru aux éditions du Cerf, en décembre 2023 (528 pages) (tome 2) et Papiers et rapports. Histoire politique des colonnes infernales avant et après le 9 Thermidor. tome 1, 372 pages. Il y relate l’épisode sanglant autant qu’ignoble des colonnes incendiaires du général Louis Turreau de Lignières, dit Turreau (1756–1816), qui, entre janvier et mai 1794, ravagèrent la Vendée révoltée, en vertu d’un projet politique qui causa la mort de plus de 40 000 personnes en quelques mois, sur les quelques centaines de milliers qui le furent durant lesdites guerres de Vendée. Une planification politique, assurée par le Comité de Salut public, que Jacque Villemain décortique, documents à l’appui. N’en déplaise à ceux qui ont cherché longtemps à tronquer la vérité.

Bonne lecture

Pascal Le Pautremat

NOTRE DÉFI D’INDÉPENDANCE EN PASSE D’ÊTRE RÉUSSI

ESPRITSURCOUF reste lui totalement indépendant , loin de toutes subventions. Il n’ existe que grâce aux cotisations de ses membres. Et les lecteurs d’ESPRITSURCOUF ont répondu à notre appel du 29 décembre, pour continuer à exister : réunir suffisamment d’adhérents à Espritcors@ire avant la fin janvier 2024, nous tenons à remercier tous ceux et toutes celles qui nous ont fait parvenir leur adhésion. Mais nos moyens sont encore insuffisants pour être sûr de tenir toute l’année. Nous avons encore besoin de nouveaux adhérents.

 Ainsi , nous pouvons continuer à paraître mais, compte tenu de nos ressources, nous sommes dans l’obligation de changer notre périodicité, nous devenons mensuel et toujours avec un libre d’accès gratuit à ESPRITSURCOUF.
Pour remercier nos adhérents nous leur faisons parvenir, par mail  personnalisé, nos publications spécifiques : le SÉMAPHORE D’Espritcors@ire, avec une revue de presse plus complète ( seul son FOCUS paraîtra sur le site), deux AGENDAS d’Espritcors@ire seront publiés chaque mois avec tous les événements à Paris et en France susceptibles d’intéresser nos membres et périodiquement des VEILLES , ainsi le 22 février : « Deux années de guerre en UKRAINE » ou la veille mensuelle « SUR L’ACTUALITÉ DE L’ARMÉE FRANÇAISE »et des dossiers thématiques.
Vous voyez , nous ne baissons pas les bras,

Venez nous rejoindre et , comme nous sommes une association reconnue d’intérêt général , vous bénéficierez d’une défiscalisation. Pour vous inscrire cliquer ici

Nous vous remercions de votre contribution à notre rayonnement.

Yannick de Premorel, Président d’Espritcors@ire
René Occhiminuti, Directeur d’ESPRITSURCOUF





 

(*) Pascal Le Pautremat est Docteur en Histoire Contemporaine, diplômé en Défense et Relations internationales. Il est maître de conférences à l’UCO et rattaché à la filière Science Politique. Il a enseigné à l’Ecole Spéciale militaire de Saint-Cyr et au collège interarmées de Défense. Auditeur de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense nationale), ancien membre du comité de rédaction de la revue Défense, il est le rédacteur en chef d’ESPRITSURCOUF.
Son dernier ouvrage « Géopolitique de l’eau : L’or Bleu » est présenté dans le numéro 152 d’ESPRITSURCOUF.