Pendant ce temps, la Chine…
.
Pascal Le Pautremat (*)
Rédacteur en chef d’Espritsurcouf
.
.
Alors que les médias sont hypnotisés par le conflit engagé entre les Etats-Unis et la République islamique d’Iran, dont le régime tyrannique ne tient plus que par un dernier carré de fanatiques, la Chine continue de conforter son assise via tous les plans stratégiques qu’elle a patiemment établis, au gré des décennies. L’échéancier stratégique met en exergue la phase 2025-2030 comme étant celle du parachèvement du Grand projet cher à Xi Jinping.
Retenons, ici, quelques aspects de cette imprégnation de la politique chinoise à tout crin.
Sur le plan énergétique, d’abord, avec la sempiternelle question des hydrocarbures, la Chine aurait accumulé des réserves de pétrole tout au long de l’année 2025, par anticipation stratégique ; au point de disposer, fin 2025, de près de 1,4 milliard de barils de pétrole en réserve, selon les estimations de l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA). Comparativement, les Etats-Unis disposaient, fin 2025, de 413 millions de barils de réserve, contre 405 millions, en avril 2026.
Puisque la Chine consomme quelque 15 millions de barils de pétrole par jour, Pékin a continué à augmenter ses réserves en hydrocarbures au cours du 1er trimestre 2026, si bien que la crise de la circulation maritime dans le Golfe, n’a pas de véritable conséquence lourde, à ce stade, pour le régime communiste. N’oublions pas que la Chine acquiert aussi du pétrole auprès de la Russie, mais aussi du Brésil, soucieuse de ne pas être dépendante d’un seul pays fournisseur.
Conjointement, Pékin accélère sa politique de développement des énergies dites propres, compte tenu du contexte géopolitique, avec une concentration à près de 85% de la capacité mondiale de production de panneaux solaires et de 80 % de celle de production de batteries lithium-ion (cf journal vietnamien Tin tức, cf 26 avril 2026).
Sur le plan géostratégique, ensuite, en confortant ses assises extracontinentales.
La Chine sait ainsi pouvoir compter sur divers pays africains, et renforce ses relations avec divers pays, riches en ressources naturelles (Algérie, Mali, Angola, Soudan, République démocratique du Congo, Kenya, Mozambique pour n’en citer que quelques-uns). À titre d’exemple, la compagnie pétrolière nationale angolaise Sonangol a d’ailleurs entamé des négociations avec la Chine, en mars dernier, pour obtenir un prêt de 4,8 milliards de dollars, en vue de la construction d’une nouvelle raffinerie dans le port atlantique de Lobito (coût du projet estimé à 6,2 milliards de dollars).
Diplomatie et enjeux économiques et énergétiques sont particulièrement liées pour Pékin, sachant que, de manière globale la Chine est la première source de crédits pour nombre de pays africains, même si les prêts accordés ont diminué en 2019-2020 avec la crise sanitaire engendrée par la COVID-19, et la difficulté, sinon l’incapacité des pays africains à pouvoir rembourser leurs dettes.
La Chine est donc en position de force pour faire pression ou faire aboutir ses desiderata. Ainsi, Pékin a pu obtenir satisfaction en exigeant que le président taïwanais, Lai Ching-te, ne soit pas reçu par un certain nombre de pays d’Afrique d’entre eux. Le président taïwanais a même dû annuler sa visite en Eswatini (ex-Swaziland), pays d’Afrique australe, étant donné que plusieurs pays africains (les Seychelles, l’île Maurice et Madagascar) lui ont refusé l’autorisation de survoler leur propre territoire pour s’y rendre. L’Eswatini est le dernier pays africain à reconnaître officiellement le régime taïwanais…Et à l’échelle mondiale, on n’en compte qu’une douzaine dont seul le Vatican pour l’Europe. Outre l’Eswatini et le Vatican, sept sont en Amérique latine et dans les Caraïbes (Guatemala, Belize, Paraguay, Haïti, Saint-Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie et Saint-Vincent-et-les-Grenadines) et trois en Océanie (Les Palaos, les îles Marshall et Tuvalu).
En Asie Pacifique, et plus particulièrement dans la mer de Chine méridionale, Pékin poursuit sa politique d’implantation sur divers îlots notamment dans l’archipel des Paracels. Ainsi, l’armée chinois a-telle jeté son dévolu sur un atoll de 600 hectares, Antelope, pour l’artificialiser et en faire un nouveau poste multimodal avancé, avec un port en eau profonde, bafouant une fois de plus une souveraineté insulaire incombant cette fois au Vietnam…lorsque ce n’est pas celle de Taïwan qui dispose d’une souveraineté sectorielle sur ce même archipel.
Enfin, la Chine n’occulte pas l’Europe et lorgne désormais les sites des constructeurs d’automobiles de l’Union européen pour mieux saper, de l’intérieur, le marché qui souffre déjà de la concurrence de sociétés chinoises telles que Dongfeng, Leapmotor. Ains, soit elles s’associent avec des fabriquants européens, soit elles réinvestissent des sites en phase d’abandon, sachant que, selon les projections de bureaux d’analyses et cabinets de conseils, les constructeurs chinois prévoient de tripler leur production hors du territoire chinois, d’ici à 2030, pour atteindre ainsi 3,4 millions de véhicules…électriques pour l’essentiel.
Pendant ce temps, l’Europe de la Commission européenne s’en tient, au gré de programmes quinquennaux ambitieusement affichés, à davantage de diatribes sur la mobilisation industrielle européenne que de résultats suffisamment significatifs et salutaires pour les entreprises qui sont toujours plus nombreuses, mois après mois, à être défaillantes et à disparaître…
Pour ce 279ème numéro bimensuel d’Espritsurcouf, si la Chine est un peu au cœur de ce numéro, nous vous proposons néanmoins divers thèmes tout autant d’actualité.
Ainsi, parmi les sujets qui suscitent interrogations et inquiétudes : la question de l’intelligence artificielle, toujours plus omniprésente et intrusive. Alexandre Milircoutois et Dominique Turcq abordent chacun un aspect négatif du recours à l’intelligence artificielle, respectivement pour les prévisions économiques et le travail universitaire et intellectuel. Le monde académique souffre du comportement d’étudiants de plus en plus enclins à recourir à la facilité superficielle pour se simplifier la tâche : « L’IA : de nombreux défauts » (Rubrique HUMEURS).
Sur l’échiquier international, les Etats-Unis et la Chine se toisent et se jaugent, mais témoignent conjointement, comme le souligne Tewfik Hamel, des mêmes processus stratégiques et de prospectives, en prenant aussi, en acteurs autant que témoins, nombre de pays d’un troisième cercle, qui ne sont pas nécessairement des alliés dociles : « Rivalité sino-américaine et concurrence d’ordres » (Rubrique GÉOPOLITIQUE).
L’Afrique sahélienne, à bien des égards, subit une nouvelle offensive des groupes paramilitaires djihadistes. Outre le Groupe de soutien de l’islam et des musulmans, au Mali, Boko Haram est loin de voir sa capacité de nuisance s’amenuir. Comme l’explique Moussa Bobbo, le proto Etat a su instrumentaliser les femmes pour les associer à sa politique mortifère : « Boko Haram et la féminisation de la terreur dans le bassin du lac » (1ère partie) (Rubrique Sécurité)
Alors que les soldats français ont encore versé un lourd tribut au Liban, Laure Fanjeau, dans sa rubrique, revient sur la prise en charge et le suivi des militaires souffrant de stress post-traumatique. On connaît son importance et la difficulté à l’anticiper, comme à le mesurer dans le temps puisqu’il peut survenir plusieurs mois après le retour de théâtre d’opération. Dans la même rubrique, vous trouverez également quelques liens vers une émission autour des capacités militaires de la Chine pour envahir Taïwan et, enfin, un focus sur sa stratégique de renforcement du positionnement de Pékin en mer de Chine méridionale (cf Le Dessous des cartes, avril 2026). (Rubrique ÉCRAN RADAR).
André Dulou, enfin, met à votre disposition un nouveau SEMAPHORE à partir d’un focus sur la « géopolitique des médias » et propose divers sujets, entre économique, politique et défense.
À la rubrique LIVRES, le denier livre de Christopher Assémat, alias Merri, est à l’honneur. Il s’agit de son troisième roman à caractère autobiographique. Celui d’un homme qui a servi la France, plusieurs décennies durant, dans les services spéciaux et qui, ici, construit son récit autour de ses parents et surtout de son père qui a rempli bien des missions au gré des guerres d’Indochine et d’Algérie, dans les services lui aussi spéciaux ; l’occasion de relater des aspects sensibles et notoires de ces deux guerres dites de la décolonisation qui ont laissé une empreinte profonde dans l’âme d’un père qui ne renie rien. L’empreinte des commandos de chasse, des Kabyles et partenaires de la France, l’ombre des morts, tant de la guerre d’Indochine que celle de l’Algérie, au nom de la parole donnée, d’une certaine idée de l’honneur, pour les copains. En s’attachant à cette France des traditions, de culture profonde, face à une conjoncture où le passé est honni, déformé, bafoué et renié ; où l’Histoire est réécrite, interprétée, politisée à outrance pour désacraliser. Un contraste saisissant et moralement lourd pour tout ce qui fit le cœur et le sel de l’existence de nombre de serviteurs de l’Etat. Comment, dans ce cas, garder la tête droite, le cœur lumineux, sans sombrer dans une certaine amertume. Ne rien renier, avancer et s’appliquer à accepter. Mais rien ne peut altérer le souvenir de ceux qui furent et de ce qui a été vécu. Entre ceux qui savent, l’Essentiel demeure. Cf Christophe Assémat, dit Merri, Trente ans en sommeil. Préface d’Alain Juillet. Ed. Cent mille Milliards, 2026, 200 p. Prix 20,00 € (Rubrique LIVRES).
Bonne lecture !
![]() |
(*) Pascal Le Pautremat, Docteur en Histoire Contemporaine, diplômé en Défense et Relations internationales, est maître de conférences à l’UCO (Campus de Nantes), Directeur du Département de Science Politique. Il a enseigné à l’École Spéciale militaire de Saint-Cyr et au collège interarmées de Défense. Auditeur de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense nationale), ancien membre du comité de rédaction de la revue Défense, il est le Rédacteur en chef d’Espritsurcouf. Son dernier ouvrage : Géopolitique de l’eau – L’“Or bleu” et ses enjeux, entre prospectives, crises et tensions... Éditions L’Esprit du Temps, Paris, (juin) 2020, 224 pages.présenté dans la rubrique Livre d’Espritsurcouf Ouvrage collectif auquel vient de participer : Lucas Verhelst (dir.), Manuel d’un monde en transition(s). 101 obstacles au changement. 101 pistes d’action. La Tour-d’Aigues, éditions de l’Aube, Collection « La Terre En Vie », 2025, 352 pages. ISBN : 978-2-8159-5847-9 |

RSS - Articles
Laisser un commentaire