Les forces de l’ordre en France depuis 2023
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Laure Fanjeau (*)
Responsable recherche / développement et communication digitale d’Espritsurcouf
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Les forces de l’ordre en France depuis 2023
Entre maintien de l’ordre, violences et respect des libertés fondamentales … un équilibre de plus en plus difficile à préserver
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En démocratie, le maintien de l’ordre relève d’un exercice particulièrement délicat. Les forces de l’ordre doivent garantir la sécurité des personnes et des biens, prévenir les violences et faire respecter la loi, tout en permettant l’expression des libertés fondamentales, au premier rang desquelles figurent la liberté d’expression et le droit de manifester.
Depuis 2023, plusieurs épisodes majeurs ont placé policiers et gendarmes au cœur du débat public. La contestation de la réforme des retraites, les émeutes qui ont suivi la mort de Nahel Merzouk, les affrontements de Sainte-Soline ou encore les mobilisations sociales d’octobre 2026 ont relancé les discussions sur l’usage de la force, la proportionnalité des interventions et le contrôle de l’action des forces de sécurité.
Ces événements rappellent une réalité souvent oubliée : maintenir l’ordre ne consiste pas seulement à empêcher les violences. Il s’agit aussi de permettre l’exercice des libertés publiques dans un contexte où les tensions sociales, politiques et parfois idéologiques rendent les rassemblements plus imprévisibles qu’auparavant.
I. Les forces de l’ordre, un pilier de l’État de droit
Police nationale, gendarmerie et unités spécialisées
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En France, le maintien de l’ordre repose principalement sur la Police nationale et la Gendarmerie nationale. Les compagnies républicaines de sécurité (CRS) et les escadrons de gendarmerie mobile constituent les unités spécialement formées pour encadrer les manifestations et répondre aux situations de tension.
Selon les circonstances, d’autres services peuvent également être mobilisés. Les services de renseignement, notamment territoriaux, participent à l’évaluation des risques tandis que certaines unités spécialisées interviennent lorsque la situation l’exige. L’objectif reste toujours le même : prévenir les troubles à l’ordre public tout en permettant le déroulement des rassemblements.
Un travail qui commence bien avant le jour de la manifestation
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Les images d’affrontements ou de cordons de policiers ne montrent qu’une petite partie de la réalité.
Avant chaque manifestation, les autorités évaluent les risques, estiment le nombre de participants attendus, définissent les itinéraires, coordonnent les services de secours et organisent le déploiement des effectifs. Ces préparatifs mobilisent parfois plusieurs jours de travail.
Pendant les rassemblements, policiers et gendarmes doivent sécuriser les participants, protéger les riverains et les commerces, prévenir les dégradations et intervenir lorsque des infractions sont constatées.
Une fois les manifestations terminées, les enquêtes judiciaires, l’exploitation des images et les procédures administratives permettent d’établir les responsabilités éventuelles.
Distinguer les manifestants pacifiques des auteurs de violences
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L’un des défis majeurs du maintien de l’ordre réside dans la diversité des profils présents au sein d’un même cortège.
Dans une manifestation peuvent se retrouver des familles, des étudiants, des salariés, des militants syndicaux ou associatifs, mais aussi des groupes cherchant délibérément l’affrontement avec les forces de l’ordre.
Toute la difficulté consiste à neutraliser les individus auteurs de violences sans assimiler l’ensemble des manifestants à leurs agissements. La légitimité même du maintien de l’ordre repose largement sur cette capacité à faire la distinction.
II. Depuis 2023, des événements qui ont marqué le débat public
La réforme des retraites, une mobilisation d’ampleur nationale
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Le mouvement contre la réforme des retraites a constitué l’un des principaux épisodes sociaux de l’année 2023.
Les manifestations ont réuni plusieurs centaines de milliers de personnes à travers le pays. Si la majorité des rassemblements se sont déroulés dans le calme, certains ont donné lieu à des affrontements, des dégradations et des interpellations.
Cette séquence a fait l’objet d’une commission d’enquête parlementaire. Son rapport n° 1824, déposé à l’Assemblée nationale le 7 novembre 2023, s’est penché sur les violences commises entre le 16 mars et le 3 mai 2023 ainsi que sur les modalités du maintien de l’ordre mises en œuvre durant cette période.
Pour les autorités, les interventions visaient à protéger les personnes, les biens et les agents engagés sur le terrain. Pour les critiques, certaines pratiques ont soulevé des interrogations concernant la proportionnalité de la réponse et les conditions d’exercice de la liberté de manifester.
Les émeutes consécutives à la mort de Nahel Merzouk
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La mort de Nahel, le 27 juin 2023 à Nanterre, a provoqué plusieurs nuits d’émeutes dans de nombreuses communes françaises.
Des bâtiments publics, des commerces, des écoles et des véhicules ont été incendiés ou dégradés. Les forces de l’ordre, les pompiers et de nombreux agents publics ont été directement pris pour cible.
Au-delà des violences elles-mêmes, cette crise a ravivé des débats anciens sur les relations entre la police et une partie de la population, l’usage de la force et les mécanismes de contrôle de l’action policière.
Elle a également rappelé qu’une réponse sécuritaire, aussi nécessaire soit-elle pour rétablir le calme, ne saurait à elle seule répondre aux interrogations de fond que suscitent certains événements.
Sainte-Soline, une controverse durable
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Les affrontements de Sainte-Soline, en mars 2023, figurent parmi les épisodes les plus débattus de ces dernières années.
Dans sa décision n° 2026-158 du 7 juillet 2026, la Défenseure des droits a examiné les réclamations et témoignages de 75 personnes concernant les opérations de maintien de l’ordre menées lors de cette mobilisation. Elle a conclu à plusieurs manquements déontologiques et demandé l’engagement de poursuites disciplinaires contre certains gendarmes. Elle a notamment critiqué des usages jugés non réglementaires et disproportionnés de certains moyens employés lors de l’opération.
Cette décision a renforcé le débat autour de l’utilisation des armes de force intermédiaire et de la nécessité d’un contrôle rigoureux des opérations de maintien de l’ordre.
Une doctrine en évolution permanente
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Face aux mutations des mouvements sociaux, les autorités ont progressivement adapté leur doctrine d’intervention.
Le Schéma national du maintien de l’ordre (SNMO) encadre notamment les relations avec les organisateurs, la gestion des rassemblements et les modalités d’intervention des forces de sécurité.
Le 29 décembre 2023, le Conseil d’État a rendu une décision importante en annulant une disposition du SNMO qui excluait les observateurs indépendants de certaines garanties reconnues aux journalistes. La haute juridiction a rappelé que les mesures de maintien de l’ordre devaient demeurer adaptées, nécessaires et proportionnées.
III. Octobre 2026 : Une nouvelle épreuve pour les forces de l’ordre
Un contexte social particulièrement tendu
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L’automne 2026 a été marqué par d’importantes mobilisations liées au coût de la vie, aux difficultés sociales et à plusieurs mouvements lycéens.
Dans un communiqué publié le 5 octobre 2026, le ministère de la Justice indiquait que 5 060 personnes avaient été placées en garde à vue depuis le début des violences urbaines en marge du mouvement lycéen. Parmi elles, 4 406 étaient mineures, soit 87 % des gardes à vue. Le ministère précisait également que 1 802 personnes faisaient déjà l’objet de poursuites judiciaires.
Ces chiffres témoignent de l’ampleur des troubles auxquels les autorités ont été confrontées.
Le 17 octobre, une journée de très fortes tensions
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Selon les chiffres communiqués par le ministère de l’Intérieur, la journée du 17 octobre 2026 a donné lieu à 441 actions sur la voie publique réunissant environ 550 000 personnes.
Le même ministère fait état de :
- 2 628 interpellations ;
- 1 144 membres des forces de l’ordre blessés ;
- 2 025 interventions pour incendie ;
- 1 522 commerces touchés.
Ces chiffres illustrent l’intensité exceptionnelle des violences qui ont marqué cette journée.
Le 24 octobre, un dispositif renforcé
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Une semaine plus tard, les autorités ont considérablement renforcé leur dispositif de sécurité.
Selon le bilan provisoire publié par le ministère de l’Intérieur le 25 octobre 2026, 289 actions sur la voie publique ont été recensées et ont rassemblé environ 410 000 personnes, dont 110 000 à Paris.
Le ministère a également recensé :
- 1 314 interpellations ;
- 53 membres des forces de l’ordre blessés ;
- 75 interventions pour incendie ;
- 24 commerces pillés.
Les autorités attribuent cette évolution à l’anticipation des risques, au prépositionnement des unités et à l’adaptation des parcours de manifestation.
Toutefois, ces chiffres ne suffisent pas à eux seuls à expliquer la baisse constatée des violences. D’autres facteurs, comme la nature des mobilisations ou le comportement des différents groupes présents, ont également pu jouer un rôle.
La question du droit de manifester
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Face à ces événements, le gouvernement a demandé aux préfets de porter une attention particulière aux parcours proposés, aux risques de pillages et aux dispositifs de sécurité associés. Des interdictions pouvaient être prononcées lorsque les risques apparaissaient établis.
La question centrale demeure cependant celle de l’équilibre entre prévention des violences et respect des libertés publiques.
IV. Un métier sous pression
Des risques physiques et psychologiques réels
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Les policiers et les gendarmes chargés du maintien de l’ordre travaillent souvent dans des conditions particulièrement exigeantes.
Longues heures de service, forte tension, insultes, jets de projectiles, fatigue et nécessité de prendre des décisions rapides constituent leur quotidien lors des grandes mobilisations.
Cette réalité justifie des formations spécifiques, un encadrement solide et un accompagnement adapté.
L’usage de la force sous contrôle
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Dans un État de droit, les moyens de contrainte dont disposent les forces de l’ordre sont strictement encadrés.
La force ne peut être utilisée que lorsqu’elle est nécessaire et doit toujours rester proportionnée à la menace ou à l’objectif poursuivi.
Les enquêtes administratives, judiciaires et disciplinaires jouent un rôle essentiel dans la vérification du respect de ces principes.
Une confiance parfois fragilisée
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Les débats récents ont montré que la confiance entre une partie de la population et les forces de l’ordre peut être mise à l’épreuve.
Pour certains citoyens, certaines interventions apparaissent excessives. Pour de nombreux policiers et gendarmes, les violences dont ils sont victimes sont parfois insuffisamment prises en compte.
Entre ces deux réalités, la transparence et la responsabilité demeurent des conditions indispensables au maintien de la confiance.
V. Quelles pistes pour améliorer le maintien de l’ordre ?
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Plusieurs pistes sont aujourd’hui régulièrement mises en a.vant :
- renforcer la formation à la gestion des foules et à la désescalade ;
- développer davantage le dialogue avec les organisateurs ;
- améliorer la traçabilité des interventions ;
- garantir l’indépendance et l’efficacité des enquêtes ;
- préserver le droit de manifester tout en luttant contre les violences ;
- mieux articuler les impératifs de sécurité, de liberté de la presse et d’accès des secours.
Ces questions ont d’ailleurs été largement abordées dans le rapport sénatorial intitulé « L’avenir du maintien de l’ordre : 30 propositions pour reprendre le contrôle », déposé le 19 octobre 2026 à l’issue d’une mission d’information consacrée aux transformations des pratiques manifestantes et aux défis rencontrés par les forces de sécurité.
Maintenir l’ordre sans affaiblir les libertés
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Depuis 2023, la France a connu une succession d’événements qui ont mis à l’épreuve aussi bien les forces de l’ordre que les mécanismes démocratiques chargés d’encadrer leur action.
La réforme des retraites, les émeutes de l’été 2023, les affrontements de Sainte-Soline ou encore les mobilisations d’octobre 2026 ont montré que le maintien de l’ordre ne se résume ni à une question d’effectifs ni à une question d’équipements.
Il s’agit avant tout d’un exercice d’équilibre. Les forces de l’ordre ont la responsabilité de protéger les citoyens et les institutions, mais cette mission ne peut pleinement remplir son rôle que si elle s’exerce dans un cadre respectueux des droits fondamentaux.
Au fond, la véritable question n’est pas de choisir entre sécurité et liberté. Elle consiste à préserver l’une sans renoncer à l’autre. C’est de cet équilibre, parfois fragile mais essentiel, que dépend la confiance entre les citoyens, les institutions et ceux qui portent l’autorité de l’État.
Sources et références
Institutions et juridictions
- Rapport n° 1824 de l’Assemblée nationale, Commission d’enquête sur la structuration, le financement, les moyens et les modalités d’action des groupuscules auteurs de violences lors des manifestations intervenues entre le 16 mars et le 3 mai 2023, déposé le 7 novembre 2023.
- Conseil d’État – Décision n° 461513 du 29 décembre 2023, relative au Schéma national du maintien de l’ordre (SNMO) et à la situation des observateurs indépendants.
- Défenseur des droits – Décision n° 2026-158 du 7 juillet 2026, Opérations de maintien de l’ordre lors de la manifestation de Sainte-Soline.
- Sénat – Rapport d’information « L’avenir du maintien de l’ordre : 30 propositions pour reprendre le contrôle », rapport n° 78 (2026-2027), déposé le 19 octobre 2026.
Ministère de l’Intérieur
- Communiqué du ministère de l’Intérieur du 23 octobre 2026, relatif à la préparation de la journée de mobilisation du 24 octobre 2026.
- Bilan de la journée de mobilisation nationale du 24 octobre 2026, ministère de l’Intérieur, publié le 25 octobre 2026. Chiffres relatifs aux participants, interpellations, blessés, incendies et dégradations des 17 et 24 octobre 2026.
Ministère de la Justice
- Bilan judiciaire des violences urbaines en marge du mouvement lycéen, communiqué du ministère de la Justice du 5 octobre.
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(*) Laure Fanjeau, Responsable recherche / développement et communication digitale est auditrice « Jeunes de l’IHEDN », de l’IHEMI (Spécialisation Veille/Analyse) et de l’IEGA (Spécialisations Géopolitique du Cyber et Guerre de l’information, guerre cognitive et ingérences). Officier de la réserve citoyenne de l’armée de l’Air et de l’Espace et spécialisée en communication, marketing et publicité, elle a mené des projets civilo-militaires nationaux et européens. Elle a fondé l’agence FANJEAU LAURE, spécialisée en communication et relations publiques, qui accompagne au quotidien des associations militaires et civilo-militaires et œuvre à la promotion de l’esprit de défense. Elle est également à l’origine du média « Tout sur nos Armées… ou presque » qui décrypte et met en lumière, chaque jour, l’actualité militaire. |
Source création bandeau : IA / Laure Fanjeau
LIVRE
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