France,
qu’es-tu (re)devenue ?
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Pascal Le Pautremat (*)
Rédacteur en chef d’Espritsurcouf
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« Aujourd’hui on vit côte à côte… Je crains que demain on vive face à face ». Ainsi s’exprimait Gérard Collomb, en 2019, lors de sa passation de pouvoir avec Edouard Philippe, suite à sa démission de ses fonctions de ministre de l’Intérieur. Selon certains sources, et notamment le journaliste Paul Amar, Gérard Collomb avait clairement établi un constat des plus réalistes quant à la situation « très dégradée » des quartiers dits sensibles des métropoles régionales. En s’appuyant sur une note des services de renseignement intérieurs, il aurait même demandé à Emmanuel Macron de lancer, avant qu’il ne soit trop tard, une politique d’interventions conséquentes avec les forces de sécurité pour désarmer, neutraliser des réseaux de trafiquants mais aussi d’islamistes, susceptibles de déstabiliser le pays, suite à l’arrivée massive d’armes de guerre. G. Collomb était également partisan d’une nouvelle politique des quartiers pour reconstituer la mixite sociale. Suite à un refus hautain d’Emmanuel Macron, Gérard Collomb avait choisi de démissionner, tout en demeurant par la suite, jusqu’à sa mort, réservé dans les médias, lorsqu’on lui demandait ce qu’il pensait du vis-à-vis du chef de l’Etat.
Sept années plus tard, la situation est devenue des plus explosives, depuis la semaine dramatique du 17 au 24 octobre, et plus particulièrement au terme des 17 et 18 octobre, journées effroyables, sur fond de revendications socio-économiques qui en sont sorties totalement occultées
Près d’un milliard et d’euros de dégâts et de pertes matérielles, pour les commerçants (2 488 commerces saccagés ou dégradés à travers le pays) ; somme à laquelle il faut ajouter le coût des destructions des bâtiments publics, soit près de 500 millions d’euros. Le pillage et l’incendie de la mairie de Limoge restera à jamais le symbole de ces journées d’un autre âge, puisqu’elle a vu converger vers elle, avant sa prise d’assaut, quelque 3 000 émeutiers et pillards…
Le nombre de blessés est lui aussi, très important. Plus de 1 400 membres de Forces de sécurité intérieure blessés, contre 250 du côté des manifestants.
On dénombre plus de 3 700 interpellations en une semaine, dont 2 397 pour la seule journée du 17 octobre (dont 855 interpellations sur la seule ville de Paris) – pour un nombre minime de condamnations –… Telles sont les données fournies par le ministère de l’Intérieur et les organismes professionnels, comme la CCI France, qui seront, toujours, sujettes à caution…
Les « évènements » du 17 au 24 octobre, à travers ce premier bilan, sont désormais cristallisées dans note mémoire collective. Elle sont aussi vecteurs de risée à l’international quant à l’état de dérive dans lequel notre pays a basculé. Et que dire du Président de la République, en proie à une forme de déni, soulignant que nombre de faits, pourtant actés et filmés, ne seraient finalement que le résultat d’un recours à l’Intelligence artificielle…
La situation est devenue pathétique. Le « paquebot France » prend l’eau de toute part depuis des décennies, et les commandants de bord qui se succèdent à la passerelle sont de moins en moins compétents et responsables pour le maintenir à flot…
Depuis des siècles, certes, nous n’avons cessé de connaître des phases de révoltes, entre les « jacqueries » au Moyen-âge, les révolutions, notamment celles de 1789 puis du XIXe siècle (1830, 1848, 1870-1871) ; enfin les crises de 1934-1936, de mai 1958, mai 1968…
Amorcée en 2018-2019, force est de constater que la « nouvelle crise » ne s’est pas interrompue – même si elle a donné le sentiment d’être en sommeil – pour resurgir avec d’autant plus de violence, en octobre 2026.
Elle est devenue une phase d’opportunité pour des cohortes de bandes et d’organisations criminelles, qui, à travers le pays, sont désormais prêtes à brûler, piller, saccager. Toutes les occasions sont saisies – et cela depuis déjà quelques décennies – lors des matchs de football, jours de fêtes nationale ou de fin d’année – avec désormais une intensité de plus en plus débridée.
La communauté nationale est plus que jamais en situation de péril, fracturée par des catégories de citoyens dont la conscience d’appartenir à une même nation n’existe plus. Tous veulent des droits et avantages, mais beaucoup ne veulent nullement remplir les devoirs inhérents à la citoyenneté.
C’est incontestablement un duel jusqu’auboutiste qui s’engage entre les défenseurs d’une France historique, que beaucoup chérissent, face aux partisans d’une nouvelle France sans cadre, véritable fourre-tout nourri de réseaux sociaux, de combines et magouilles, soutenus par des hors-la-loi.
Historiens, sociologues, politologues, experts des questions de sécurité l’avaient prédit, au gré de leurs études et analyses. La France est sur le point de basculer dans un état de guerre civile, sous le joug de courants dits politiques adeptes de la plus vile des anarchies et d’un nouveau régime de Terreur, dans la continuité de la période 1793-1794.
La France est un pays des paradoxes. Alors que nous avions tout pour être heureux, avec ses terres agricoles propices à la polyculture et à l’élevage, ses ressources invitant à la pérennisation d’une industrie plurielle, réputée pour sa qualité, grâce aux talents et savoir-faire, ses centres du Savoir, tout semble aujourd’hui voler en éclats, sous le coup de boutoirs des adeptes d’une désacralisation de la Nation et de ses qualités intrinsèques, en faveur d’une mondialisation complètement débridée, sans finalité constructive.
La France des territoires, du travail posé et serein est-elle en train de parachever sa disparition ou va t-elle bénéficier d’un sursaut majoritairement partagé et consciencieux ?
Et surtout, qui peut l’incarner ?
Pour ce 290ème numéro d’Espritsurcouf, où les émeutes des 17-18 octobre 2026 tiennent une place conséquente, Eric Stemmelin revient sur ces journées en analysant à chaud les faits résultant d’une situation générale non maitrisée : « Les 2 jours où l’Etat a vacillé : le rétablissement de l’ordre en question » (Rubrique HUMEURS).
Laure Fanjeau, dans sa rubrique, insiste sur le rôle des forces de l’ordre dédiée aux questions de sécurité et de préservation de l’autorité régalienne. (Rubrique ÉCRAN RADAR).
André Dulou aborde les questions de gouvernance et de désordres du monde actuel, tout en proposant, dans sa rubrique, divers articles en prise directe avec les questions conjoncturelles et notamment celui de Massimo Nava, journaliste italien, qui analyse les évènements du 17 octobre (Rubrique REVUE D’ACTUALITE).
Sur le plan des questions géopolitique, Tewfik Hamel analyse la politique chinoise en matière d’implantation de bases militaires sur des sites névralgiques, véritables têtes de pont multimodales à travers le monde, et notamment entre Asie du sud-est et Afrique : « De Djibouti au Laos : la Chine construit un réseau de soutien militaire » (Rubrique GEOPOLITIQUE).
Régis Le Sommier, pour un regard sur le conflit russo-ukrainien, nous apporte un témoignage sur l’emploi des drones dans la guerre russo-ukrainienne et ses conséquences sur le quotidien du combattant au sol : « Drones : quand le front ukrainien change le logiciel de la guerre » (Rubrique DEFENSE).
Côté lecture, nous attirons votre attention sur le dernier ouvrage d’Éric Delbecque qui, depuis des années, alerte sur les dérives de notre système politique et ses failles sécuritaires. Docteur en histoire contemporaine, conférencier à l’IHEDN, au CHEMI (Centre des Hautes Études du ministère de l’Intérieur), et à l’École de Guerre Économique, Eric Delbecque est un expert français en sécurité intérieure, en gestion de crise et en intelligence économique, il est membre du conseil scientifique du CSFRS (Conseil Supérieur de la Formation et de la Recherche Stratégiques), ancien conseiller de défense auprès du ministre de l’Intérieur (2009-2012). Il a enseigné à Sciences Po (IEP de Paris), à l’ENA, à l’ENM et à Paris-Dauphine. Il est l’auteur de nombreux livres sur l’intelligence économique, la sûreté des entreprises, les stratégies d’influence, l’histoire des idéologies, la sécurité nationale et le management de crise.
Dans son dernier ouvrage, il dénonce un système tenu par une caste qu’il juge hors-sol, depuis près de 40 ans, qui a bafoué l’héritage gaulliste et occulté la volonté populaire en faveur de la préservation nationale. Il souligne aussi les failles dans la gestion régalienne et déplore les renoncements vis-à-vis du secteur industriel. Éric Delbecque, La Trahison des élites – État, entreprise, culture… pourquoi nos chefs ont-ils déserté ? Paris éd. Robert Laffont, 2026, 368 pages (Rubrique LIVRES).
Bonne lecture !
Pascal Le Pautremat
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(*) Pascal Le Pautremat, Docteur en Histoire Contemporaine, diplômé en Défense et Relations internationales, est maître de conférences à l’UCO (Campus de Nantes), Directeur du Département de Science Politique. Il a enseigné à l’École Spéciale militaire de Saint-Cyr et au collège interarmées de Défense. Auditeur de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense nationale), ancien membre du comité de rédaction de la revue Défense, il est le rédacteur en chef d’Espritsurcouf. Son dernier ouvrage : Géopolitique de l’eau – L’“Or bleu” et ses enjeux, entre prospectives, crises et tensions... Éditions L’Esprit du Temps, Paris, (juin 2020) présenté dans la rubrique Livre d’Espritsurcouf Ouvrage collectif auquel vient de participer : Lucas Verhelst (dir.), Manuel d’un monde en transition(s). 101 obstacles au changement. 101 pistes d’action. La Tour-d’Aigues, éditions de l’Aube, Collection « La Terre En Vie » paru en 2025. |
Source création bandeau : Laure Fanjeau

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