Leçons
des élections hongroises

Jean-Dominique Giuliani (*)
Président de la Fondation Robert-Schuman

Aux élections législatives de dimanches 12 avril 2026, Viktor Orbán et son parti Fidesz n’ont recueilli que 37,86 % des voix face au candidat du parti Tisza, Péter Magyar, qui a obtenu 53,56 % des voix et remporté 138 des 199 sièges du Parlement hongrois. En Europe, nombre de personnalités politiques n’ont pas manqué de se féliciter de la victoire de Péter Magyar au nom d’une Europe qu’ils aspirent voir, dès lors, plus cohérente. L’auteur, profond fédéraliste européen, réagit aussi avec une certaine passion. Ses propos n’engagent que lui.

 

Le fort et franc désaveu administré à Viktor Orban ce dimanche ne s’arrête pas aux portes de la Hongrie. Un pouvoir « illibéral » a été défait mais avec lui aussi un discours eurosceptique dissimulé derrière un patriotisme de façade. On ne peut durablement profiter de l’Europe et la dénigrer en permanence, voire en entraver le bon fonctionnement.

Outre les dirigeants hongrois sortants, la plus grande défaite est celle de Donald Trump et de son idéologie MAGA de pacotille, qui ont tenté d’interférer dans une élection européenne. M. Vance, présent à Budapest trois jours avant le vote, auteur d’un torrent d’insultes à Munich en 2025, a reçu un soufflet magistral.

Les Européens sont trop polis pour procéder de la même manière lors des élections américaines en novembre prochain. Ils pourraient pourtant expliquer aux électeurs qu’ils ne peuvent plus entretenir de liens sérieux avec l’actuelle administration.

Enfin, les ingérences russes et américaines dans ce scrutin, mesure de leur embarras envers une Union européenne qui résiste à leurs assauts, auront été mises en échec.

Les citoyens européens ne veulent pas abandonner l’Union européenne, quels que soient leurs motifs d’insatisfaction parfois légitimes à l’égard de l’Europe communautaire. Les études d’opinion sont unanimes : ils n’ont jamais été aussi favorables à l’intégration européenne mais en attendent toujours davantage.

S’il en était besoin, les Européens ont désormais confirmation qu’ils ont des ennemis, la Russie bien sûr, mais aussi l’Amérique de Donald Trump hélas, et qu’ils peuvent les combattre avec succès.

L’Histoire ne peut pas être réécrite. Orban faisait le jeu de la Russie qui a fait tant de torts à la Hongrie (1945-1948-1956). Comment l’oublier ? Les Américains ont abandonné l’Europe centrale tant de fois et la Hongrie en particulier (Yalta, Potsdam, 1948, 1956). Comment l’oublier ? L’intégration européenne a réintroduit l’est de l’Europe dans le concert des nations. Comment l’oublier ? Orban était à rebours de la conscience populaire hongroise en croyant la flatter et surfer sur ses peurs.

Quelles leçons peut-on finalement tirer de ces élections hongroises ?

Que les peuples refusent les autocrates nourris de corruption et de slogans mensongers.

Qu’ils trouvent dans l’Union européenne des traités, des mécanismes, des alliés pour les y aider.

Que les eurosceptiques n’ont d’autres choix que de se dissoudre dans l’union inédite des Etats d’Europe, qui respecte les souverainetés et réduit à néant leurs arguments et dont s’exclure est trop coûteux.

Que les folles élucubrations MAGA et le révisionnisme russe rencontreront toujours, un jour, sur leur cheminement autoritaire, la volonté populaire et l’aspiration universelle au respect de la Personne humaine, à l’Etat de droit et à la Démocratie.


(*) Jean-Dominique GIULIANI est Président de la Fondation Robert Schuman, centre de recherche de référence sur l’Union européenne et ses politiques. Conseiller spécial à la commission européenne (2008-2010, il a précédemment été Maître des Requêtes au Conseil d’Etat, directeur du cabinet du Président du Sénat (1992-1988) et directeur à la direction générale du groupe Taylor Nelson Sofres (1998-2001). Il a fondé J-DG.Com International Consultants, qu’il préside. Membre du Conseil de Surveillance d’ARTE France (depuis 2009) et Président de l’ILERI (Institut Libre d’Etude des Relations Internationales) depuis 2019.

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