De la diplomatie de la clarté dans la confusion !

Vincent Gourvil (*)
Pseudonyme d’un Haut fonctionnaire
Docteur en sciences politiques

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Rarement un pouvoir exécutif aura cristallisé autant de déceptions. La fin de second mandat d’Emmanuel Macron laisse ainsi transparaître toutes ses limites qui, notamment en matière de politique étrangère, n’ont évidemment pas échappé à l’auteur.

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« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement – Et les mots pour le dire arrivent aisément » nous rappelle fort à propos Nicolas Boileau. Encore faut-il que les mots se traduisent en actes ! Et, ce n’est malheureusement pas toujours le cas dans notre Douce France où les mots restent souvent lettre morte. Les actes suivent rarement les paroles. Nous disposons de nos jours d’un cas d’école de cette dissonance entre la parole et l’action avec les évolutions de la diplomatie française depuis 2017. L’affaire commence à être bien documentée alors qu’Emmanuel Macron aborde la dernière ligne droite de son deuxième et dernier mandat présidentiel dans un contexte international complexe, dans un monde en plein bouleversement, marqué par une inflation de surprises stratégiques. Une question mérite dès lors d’être posée au titre d’une saine disputatio qui se différencie d’une critique systématique et stérile. Que reste-t-il, en 2026, d’une diplomatie française présentée comme conquérante, disruptive en 2017, si ce n’est qu’une diplomatie plombée de toute une série de lests (la situation préoccupante de ses finances publiques[i]) qui limite ses marges de manœuvre sur la scène internationale ?

Une diplomatie conquérante : Emmanuel Macron ou le disrupteur [ii]
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À la lumière de presqu’une décennie de pratique d’action extérieure d’Emmanuel Macron au cours de ses deux mandats successifs de Président de la République, nous pouvons affirmer sans grand risque d’erreur que sa diplomatie est celle de la parole débridée et de l’agitation permanente.

Une diplomatie de la parole débridée : le règne de la com’

Force est de constater que nous vivons dans un pays où les mots sont surtout utilisés pour anesthésier les assoupis, et non pour les éveiller. Si l’on s’amusait à mettre bout à bout les prises de positions officielles (discours officiels, conférences de presse, entretiens avec les médias, interventions sur les réseaux sociaux, communiqués de l’Élysée …), nous serions sans doute étonnés par leur inflation galopante. Le ministère de la parole, celle qui est ciselée par les communicants et non par les diplomates, a encore de beaux jours devant lui. Et, le Chef de l’État n’a pas l’intention de d’arrêter en si bon chemin. Ce serait plutôt le contraire. Or, comme le rappelle justement Albert Camus : « Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde ». Qui plus est, la réaction officielle se fait le plus souvent dans la plus grande précipitation au lieu de prendre le temps salutaire de la réflexion qui évite les embardées fatales ! Comment expliquer que nous votions contre un projet de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU rappelant le principe de la liberté de circulation dans le détroit d’Ormuz pour le proclamer haut et fort quelques jours plus tard et en réclamer la mise en œuvre au fil des développements de la guerre à rebondissements entre les États-Unis et l’Iran ? Les mots ont-ils encore un sens dans la bouche de nos dirigeants ? Les grands principes dans lesquels nous nous drapons sont-ils encore crédibles dans l’Hexagone et à l’extérieur ?  Surtout lorsque Emmanuel Macron devient le Président de la réponse rapide ou QR Code (QR pour « Quick Response »)[iii].

Une diplomatie de l’agitation permanente : le règne du vibrion

Méfions-nous comme de la peste de la lâcheté des bonnes intentions ! C’est dans le présent qu’il faut agir mais en connaissant le passé pour anticiper l’avenir. C’est malheureusement là que le bât blesse. À titre d’exemple, le 22 septembre 2025, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, Emmanuel Macron se rengorge de sa reconnaissance de l’État de Palestine. Elle nous est présentée comme une victoire à deux titres : par son effet d’entraînement pour d’autres États et par sa contribution concrète à la solution du problème palestinien. Le 25 mars 2026, il reçoit les lettres de créance de Hala Habou Assira comme ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire de l’État de Palestine en France[iv]. En quoi ceci a-t-il modifié notre (absence de) rôle sur ce dossier, en particulier mais aussi sur la recomposition du Moyen-Orient, en général ? Et nous pourrions multiplier à l’envi les exemples de cette théâtralisation de la diplomatie qui conduit nulle part si ce n’est à une impasse stratégique. Ne parlons pas de l’inflation de réunions de toutes sortes sur des sujets divers et variés (santé, intelligence artificielle, climat …) qui donnent le tournis, de conférences inutiles[v], de coalition de volontaires, (Ukraine[vi], Détroit d’Ormuz…) qui ne règlent aucun problème, de groupes de contact qui nous éloignent des acteurs incontournables. On peine à découvrir quelques priorités de la diplomatie française, tout étant mises sur le même plan. Une diplomatie d’une puissance moyenne d’équilibre, comme l’est celle de la France, ne peut pas courir plusieurs lièvres à la fois sous peine de s’essouffler. Et, c’est bien ce à quoi nous assistons.

Compte tenu de ce qui précède, il apparait de plus en plus clairement que la diplomatie française est une diplomatie plombée à la fois pour des raisons intérieures et extérieures.

Une diplomatie plombée : Emmanuel Macron ou l’impuissance [vii]
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Le Président français est l’homme qui n’a rien résolu, en particulier le retour de notre pays sur la scène internationale pour des raisons endogènes et exogènes qui cumulent leurs effets.

Des raisons endogènes : la diplomatie de la bourse vide

Comment ne pas souscrire des deux mains au jugement de Thierry Breton pour qui « un pays qui consacre une part croissante de ses ressources à financer le passé n’est plus maître de son destin » ?[viii] Comment faire entendre une voix particulière de la France dans un tel contexte défavorable ? La réponse se trouve dans la question au moment où la conjonction des crises internationales (Ukraine, Iran pour ne citer que les principales) met sous pression nos finances publiques[ix]. Surtout lorsque les volontés résolues sont rares. Comment être crédible si l’on n’accepte pas de revoir ses jugements qui se trouvent controuvés par la réalité ? Si la révision de ses jugements peut être pénible, elle n’en est pas moins salutaire pour la suite. À défaut, l’on court le risque de se trouver noyé dans un océan de vérités que l’on se gardait de formuler. Les faits sont têtus. Et, ils se rappellent au souvenir de l’inconscient qui s’obstine à les ignorer[x]. Toute politique étrangère ambitieuse qui se respecte suppose de disposer de moyens humains et financiers en adéquation à nos ambitions planétaires. Or, nous sommes loin du compte comme le soulignent régulièrement la Commission européenne, le FMI ou l’OCDE qui nous ont à l’œil et nous promettent les foudres de la rigueur à la grecque à échéance proche si nous ne mettons pas de l’ordre dans nos finances publiques[xi]. Après le temps des espoirs formés après la nomination d’Emmanuel Macron à la tête de l’État en 2017 vient celui des désillusions, de la défiance et des non-dits destinés à dissimuler notre incapacité à nous réformer, condition sine qua none pour être écouté dans la cacophonie ambiante des Nations[xii].

Des raisons exogènes : la diplomatie de la diagonale du fourbe

Elles ne manquent pas pour celui qui veut bien voire ce qu’il voit et ait le courage de dire ce qu’il voit pour plagier la formule de Charles Péguy. Confusion mortifère entre politique étrangère (le long terme et la stratégie) et diplomatie (le court terme et la tactique). Défaut évident de clairvoyance dans l’élaboration de la politique étrangère et dans sa mise en œuvre à travers l’outil diplomatique. Un outil diplomatique cassé à l’occasion de la transformation de l’ENA en INSP. Même Donald Trump ne l’a pas fait. Absence cruelle de démarche prospective qui conduit à ce que nous évoluons dans le brouillard stratégique tels des somnambules, en particulier dans nos anciennes colonies d’Afrique de l’Ouest[xiii]. L’ambition d’être un nouveau Talleyrand entraîne l’effort de dire autant de vérités qu’on peut en supporter. Telle n’est pas la plus grande qualité que l’on reconnaît à Emmanuel Macron. N’est-il pas la première victime de ses illusions ? Le plus jeune Président de la Cinquième République excelle dans l’inflation de propos lénifiants, des promesses de gascon, de commémorations à tout-va (Marc Bloch, Alfred Dreyfus, attentats de Nice[xiv], fête nationale XXIL[xv] …), des combats sans gloire, d’illusions perdues … La France qui tombe ne peut être celle qui contribue à trouver des solutions aux grands problèmes de la planète. Hier actrice qui comptait comme puissance nucléaire, membre permanent du Conseil de sécurité, du G7 …, aujourd’hui spectatrice qui ne compte plus ou si peu dans le ballet des grands de ce monde, la diplomatie française fait pâle figure pour ne pas dire qu’elle est « en état de mort cérébrale ».

Le résultat est devant nos yeux : l’impuissance française, conséquence de la défaite de la pensée.

Le déclassement français [xvi]
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« C’est le déclin quand l’homme se dit Que va-t-il se passer ?, au lieu de de dire Que vais-je faire ? »  (Jacques Chirac). Une question incontournable est posée. Comment allons-nous/pouvons-nous reprendre contact avec la réalité ? La situation actuelle de la France reste marquée par de nombreux paradoxes, de nombreuses contradictions. Il reste encore de l’argent magique pour financer un aréopage de commentateurs surdiplômés qui seront chargés, comme dans Le Malade imaginaire, non pas de sauver le malade mais d’expliquer après coup comment on aurait pu l’empêcher de mourir. Comme le remarque Maître Thibault de Montbrial« notre système à bout de souffle se caricature lui-même ». C’est exactement l’impression que cela donne. La crise, ainsi, sera bien documentée, un peu comme si un ingénieur naval était chargé, depuis le pont supérieur, de commenter l’enfoncement progressif du Titanic. Mais il avait tout de même plus d’un tour dans son sac. On pourrait créer un observatoire du bon sens. Il aurait probablement un peu de travail[xvii]. Et, c’est peut-être le bon sens près de chez nous qui fait le plus défaut à ceux qui sont en charge de définir notre action extérieure. De la diplomatie de la (prétendue) clarté dans la (véritable) confusion !


Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur

 

[i] Agnès Verdier-Molinié, Pour ne pas finir étouffés par la dette, une règle budgétaire finira par devenir incontournable, Le Figaro, 16 juillet 2026, p. 21.

[ii] Isabelle Lasserre, Macron, le disrupteur. La politique étrangère d’un président antisystème, éditions de l’Observatoire, 2022.

[iii] Gabrielle Cluzel, Macron ou MaQRon ? On retiendra de ce Président qu’il fut Monsieur QR code, www.bvoltaire.fr , 14 juillet 2026.

[iv] Benjamin Barthe, La mission de Palestine en France obtient le rang d’ambassade, Le Monde, 27 mars 2026, p. 6.

[v][v] G7 : sommet français, addition suisse, Le Canard enchaîné, 15 juillet 2026, p. 2.

[vi] Claire Gatinois/Élise Vincent, La coalition des volontaires affiche son unité avec l’Ukraine, Le Monde, 16 juillet 2026, p. 4.

[vii] Isabelle Lasserre, L’impuissance française. Une diplomatie qui a fait son temps, Flammarion, 2007.

[viii] Thierry Breton, Inscrivons dans la Constitution française une règle d’or limitant le déficit public à 1% du PIB à l’horizon 2032, Le Monde, 27 mars 2026, p. 25.

[ix] Bastien Scordia, La multiplication des crises met les finances publiques à l’épreuve, Le Monde, 27 mars 2026, p. 10.

[x] Aline Leclerc, Le nombre des entreprises françaises en difficulté se situe toujours à des niveaux record, Le Monde, 17 juillet 2026, p. 14.

[xi] Bastien Scordia, Les prévisions pessimistes des économistes sur la dette en 2030, Le Monde, 17 juillet 2026, p. 11.

[xii] Olivier Blanchard, Le processus budgétaire français est défaillant et il accroît le risque d’une crise de la dette, Le Monde, 17 juillet 2026, p. 31.

[xiii] J. C., France-Burkina : les non-dits du divorce, Le Canard enchaîné, 15 juillet 2026, p. 3.

[xiv] Iliès Hagoug, À Nice, un hommage solennel aux « enfants de la promenade », Le Monde, 16 juillet 2026, p. 8.

[xv] Nathalie Segaunes, Un dernier 14-juillet de commémorations pour Macron, Le Monde, 16 juillet 2026, pp. 8-9.

[xvi] Christian Chesnot/Geoges Malbrunot, Le déclassement français, Michel Lafon, 2022.

[xvii] Arnaud Florac, Pour lutter contre la crise, le gouvernement crée … un observatoire de la crise !, www.bvoltaire.fr , 25 mars 2026.
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(*) Vincent Gourvil est le pseudonyme d’un haut fonctionnaire, par ailleurs Docteur en sciences politiques.

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Source création bandeau : IA / Laure Fanjeau

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