« Face aux défis de société »
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L’interview de Bruno Retailleau
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Brunon Retailleau, Président du parti Les Républicains, a bien voulu répondre à quelques questions que nous lui avons adressées.
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Loi sur la fin de vie : quels sont les enjeux profonds de la loi ? Que dit-elle de notre société ?
Cette loi est basée sur un double mensonge. Le mensonge, d’abord, des gardes fous : ils sauteront tous, comme dans tous les pays où l’euthanasie et le suicide assistés ont été légalisés. On commence par les malades en phase terminale, puis viennent les malades incurables et enfin les troubles psychiques. On réserve d’abord aux adultes, puis on élargit aux mineurs. C’est une logique d’engrenage que rien n’arrête. Le mensonge, ensuite, de la liberté de choix : : elle n’existera pas car entre les soins palliatifs, qui coutent cher, et la solution létale, qui ne coûte rien, c’est évidemment l’option la plus économique qui sera privilégiée, compte tenu de nos déficits abyssaux.
Cette loi va créer des situations où pour ne pas souffrir, le seul moyen sera de mourir. Et elle va faire peser sur tous les souffrants cette question inhumaine : suis-je un poids pour la société, pour mes proches ? Le débat a été tronqué depuis le début : la convention citoyenne n’était pas neutre, les soignants ont été ignorés, le calendrier a été accéléré par l’exécutif alors qu’on aurait pu attendre les présidentielles pour trancher ce débat fondamental.
Peut-on concevoir une souveraineté à la fois nationale et européenne, ou bien est-ce une contradiction dans les termes ?
C’est une contradiction. Il ne peut pas y avoir de souveraineté européenne car en démocratie, la souveraineté réside dans le peuple et il n’y a pas, que je sache, de peuple européen. Il y a des peuples en Europe, qui ont vocation à défendre des intérêts communs, mais dans le respect de chacun. C’est l’Europe des Etats que voulait le général de Gaulle, et c’est aussi la mienne. Je refuse les chimères fédéralistes comme, par exemple, l’armée européenne : l’Europe n’a pas besoin d’une armée en plus, mais de plus d’armes.
Ce qui m’a toujours frappé, c’est ce paradoxe : souvent, l’Europe cherche à être ce qu’elle ne sera jamais – un seul Etat, une seule nation – et elle refuse d’être ce qu’elle a toujours été – une civilisation avec des frontières que nous devons protéger, une culture que nous devons transmettre. Il faut sortir de ce paradoxe et remettre l’édifice européen à l’endroit, c’est-à-dire en l’appuyant sur ses fondations que sont les Etats. Sans cela, l’Europe divorcera de ses peuples et la construction européenne vacillera, ce que je ne souhaite pas : dans un monde brutal, nos nations doivent plus que jamais serrer les rangs pour préserver leurs souverainetés respectives et mener de grands projets de civilisation, sur l’IA, le spatial, l’énergie ou même la démographie.
Face à une société de plus en plus violente, voire « ensauvagée », quelles sont les mesures d’urgence ?
Les illusions soixante-huitardes ont accouché d’une fabrique de barbares. La déconstruction des interdits et des hiérarchies, la culture de l’excuse, la déresponsabilisation de certains parents, l’abandon de l’assimilation aussi : tout cela a créé le terreau de l’ensauvagement. Il faut une révolution pénale pour instaurer des courtes peines de prison dès les premiers délits, cesser d’aménager et de réduire les peines car une peine prononcée doit être exécutée, mettre en cause la responsabilité financière des parents défaillants, et créer un état d’urgence anti-narco pour reconquérir les quartiers gangrénés par le crime organisé. C’est ce projet de fermeté pénale que je soumettrai directement au peuple français, par référendum, si les Français m’accordent leur confiance.
La sécurité est devenue un souci français dans de nombreuses acceptions de la quête d’une sérénité, sur notre sol. Que faire face à des fausses vertus, prônées par une immigration massive qui ne reconnaît pas son pays d’accueil, et comment endiguer ce que cette immigration amène comme insertion délictuelle ?
Vous avez raison de lier la question sécuritaire et la question migratoire : il y a un lien évident, que les Français voient, entre une immigration massive et l’insécurité galopante, qui se traduit d’ailleurs dans les chiffres avec la surreprésentation des étrangers sur un certain nombre de délits ou de crimes. Là encore, je soumettrai par référendum une loi pour reprendre le contrôle de l’immigration. Elle comprendra des mesures radicales comme, par exemple, la fin de l’automaticité des aides sociales et familiales : les étrangers devront attendre 5 ans de présence légale et de travail pour toucher des prestations. Nous réformerons également le droit d’asile, qui a été totalement dévoyé. Nous supprimerons l’aide médicale d’Etat versée aux clandestins pour ne laisser que les soins d’urgence. Nous diminuerons drastiquement l’immigration familiale, mais aussi celle des étudiants étrangers, et nous créerons des centres de retour pour les OQTF dans des pays tiers, comme le permet désormais le Règlement Retour. De même, l’aplaventrisme diplomatique cessera : nous ne délivrerons plus de visas aux pays qui, comme l’Algérie, refusent de reprendre leurs clandestins. J’ajoute que contrairement aux candidats du bloc central, je ne crois pas qu’il faudrait lutter contre l’immigration illégale tout en augmentant l’immigration légale : cette distinction n’a pas de sens car aujourd’hui, l’immigration légale fabrique des illégaux puisque beaucoup d’étrangers viennent avec des titres de court séjour puis se maintiennent illégalement sur notre sol. Ce sont tous les flux migratoires qu’il faut réduire, et c’est d’ailleurs ce que demandent nos compatriotes : ils veulent moins d’immigration. C’est ce que je souhaite également.
Les relations internationales affichent des conflits et des arcs de crises, qui forment des obstacles à une paix que chacune et chacun appellent de leurs vœux. Quel rôle notre pays peut-il jouer dans un espace -temps qui semble défavorable à une présence auprès des puissances dont les conditions politiques, diplomatiques et militaires dépassent les nôtres ?
Deux défis s’imposent aujourd’hui. D’abord le désengagement américain d’Europe : au-delà des outrances de Trump, des tendances structurelles éloignent Washington. La relation transatlantique n’est plus l’horizon indépassable de notre sécurité. Ensuite notre vulnérabilité : choc de haute intensité ou menaces hybrides, l’Europe est entrée dans une nouvelle ère de conflictualité. Longtemps, la France elle-même s’est laissée aller au désarmement et au laxisme budgétaire.
Il faut un véritable effort national, non des ajustements cosmétiques. Consolider nos fondamentaux : une dissuasion nucléaire crédible, une armée capable de tenir dans la durée, en comblant nos lacunes (munitions, renseignement, télécommunications, transport stratégique) et en investissant sur les ruptures : drones, IA, spatial, quantique. Cet effort doit s’inscrire dans une architecture de sécurité affranchie de Washington : non pas quitter l’OTAN, cadeau à nos adversaires, mais l’européaniser et tisser des alliances bilatérales, à l’image du traité de Nancy avec la Pologne. Il faut enfin tirer l’Union de son impuissance : la puissance viendra des États, non de chimères fédéralistes comme l’armée européenne. Si je suis élu, je lancerai sur cette base dès 2027 un nouveau Livre blanc, assortie d’une loi de programmation militaire à la trajectoire sincère et sanctuarisée, pour atteindre 100 milliards d’euros à la fin du quinquennat.
La souveraineté paraît avoir évolué dans ses attentes autant que dans ses composantes notamment économiques. Faut-il y déceler face aux conditions économiques et financières actuelles des signes de déclin, et dans l’attente d’un mieux, notamment dans les dispositions de dettes abyssales, doit-on demander plus encore à ceux qui produisent avec bien des tracas ?
Taxer le travail et subventionner l’assistanat, c’est ce qui a appauvrit les Français et déclassé la France. Je veux rompre avec cette logique sociale-étatiste, et dire la vérité à nos compatriotes : non, il n’est pas possible de travailler moins et de vivre mieux ; non, l’impôt n’est pas la solution mais le problème ; et non, la dépense ne fait pas la croissance car à force d’avoir cherché à créer artificiellement du pouvoir d’achat avec de la dette, la France est aujourd’hui au bord du précipice budgétaire. Je propose la mise en œuvre d’une grande politique de liberté, pour alléger le poids des taxes et des normes sur nos entreprises afin qu’elles soient plus compétitives, conjuguée à la mise en œuvre d’un principe de justice : donner plus à ceux qui méritent, et moins à ceux qui profitent. Concrètement, nous appliquerons le « zéro charges » pour ceux qui acceptent de travailler un peu plus, ce qui augmentera leurs salaires ; et parallèlement, nous plafonnerons les aides sociales à 70% du SMIC maximum afin que jamais les revenus de l’assistance ne puissent être équivalent aux revenus du travail. Une aide n’est pas un dû et l’effort doit être véritablement partagé : les actifs en ont assez de payer pour ceux qui ne travaillent pas alors qu’ils le pourraient, mais aussi pour un Etat qui ne se réforme pas. Il faudra débureaucratiser massivement, supprimer les nombreux doublons et les multiples agences inutiles, mais aussi instaurer une règle d’or budgétaire. Car un Etat qui ne tient pas ses comptes est un Etat qui ne tient pas son rang. Il ne sert à rien de faire de la diplomatie spectacle : tant que la France ne remettra pas, chez elle, ses affaires en ordre, elle subira tous les désordres du monde. C’est en recréant les conditions d’une prospérité intérieure, avec de vraies réformes de justice et de liberté, que nous pourrons renouer avec la puissance extérieure. Je sais que cela est possible et cette conviction est au cœur du combat que je mène.
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Bruno Retailleau est né le 20 novembre 1960 à Cholet. Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris (service public, 1985) après une maîtrise de sciences économiques à l’université de Nantes. Il entre en politique en 1988 comme conseiller général de la Vendée, département dont il présidera l’assemblée de 2010 à 2015. Député de 1994 à 1997, il est élu sénateur de la Vendée en 2004, mandat qu’il exerce toujours. Il a également présidé le conseil régional des Pays de la Loire de 2015 à 2017. Il rejoint l’UMP en 2010, devenue Les Républicains, et prend la tête du groupe au Sénat de 2014 à 2024. Nommé ministre de l’Intérieur le 21 septembre 2024, il occupe cette fonction jusqu’au 12 octobre 2025. Place Beauvau, son franc-parler et son engagement sur les questions de sécurité lui valent un large écho dans l’opinion. Il est élu président des Républicains en 2025. Sa ligne est celle d’une droite forte, attachée à l’autorité, à la sécurité, à la lutte contre l’assistanat et à la défense du mérite. Il assume une même fermeté sur les questions régaliennes et budgétaires. Sa vision du monde procède de la même matrice que sa ligne intérieure : la nation comme cadre premier de la décision politique, la souveraineté comme condition de la puissance. |
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Il a publié en 2019 « REFONDATION » |
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Source création bandeau : IA / Laure Fanjeau
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