Déni, inertie et mollesse

Pascal Le Pautremat (*)
Rédacteur en chef d’Espritsurcouf

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Dans notre précédent numéro, nous avions évoqué les maux et fléaux qui étaient au cœur de l’été ; maux qui, en cette fin août, n’ont fait que se creuser en quelques semaines….

Alors que notre monde se noie dans les gesticulations verbales – et « scripturales » via des réseaux sociaux dits de communication –, alors que, depuis des décennies, les scientifiques et chercheurs s’épuisent à convaincre tant les politiques que la vaste communauté des climatosceptiques et des adeptes du déni, pétris de certitudes complotistes, la Terre est véritablement en train de s’engager dans une nouvelle phase de bouleversements et de transformation des paradigmes, avec une onde de choc considérable dans tous les domaines…

Pour autant, rien ne laisse apparaître des prises de conscience systémique…

Les limites et lacunes en matière d’anticipation et de moyens conséquents alloués aux services du pouvoir régaliens, notamment dans la lutte contre les incendies, ont, une fois de plus, sauté aux yeux. Une fois encore, la question du nombre insuffisant d’avions bombardiers d’eau (ABE) en France, s’est posé. On en compte en effet qu’une vingtaine au sein de la Sécurité civile, sans tenir compte des renforts ponctuels, avec un seul centre névralgique – ce qui est bien peu – : la Base Aérienne de Sécurité Civile (BASC) de Nîmes-Garons, dotée de quelques 450 personnels. Ajoutons une poignée de bases secondaires de prépositionnement comme Bordeaux, Carcassonne ou Ajaccio. Ainsi, les aéronefs relèvent d’une flotte marquée par l’obsolescence, sans oublier la pénurie de pièces détachées.

Plongé dans son inertie et son manque d’anticipation, l’Etat français n’a pu que promettre de renouveler la flotte, à l’horizon… 2033, avec une prévision de 16 Canadair (modèle DHC-515) dont les premiers exemplaires ne seront livrés – si tout va bien – qu’à partir de 2028…

Sans compter le nombre insuffisant de véhicules qui est passé entre 2004 à 2024 de plus de 4 800 à 3 800. Une perte d’un millier de camions, donc, en vingt ans…Enfin, on compterait près de 200 000 pompiers volontaires – qui représentaient 74% des effectifs globaux en 2024 – alors que les responsables de terrain estiment qu’il en faudrait 250 000. Si les médias ne cessent de faire valoir que les vocations sont très fortes les jeunes, les pompiers expérimentés, volontaires et professionnelles, relativisent et prédisent une baisse sensible une fois dans le dispositif pour de moyens suffisants et crédibles.

Cette situation exaspère les Pompiers qui sont réellement à bout de souffle. Au point de se mettre en grève le jeudi 13 août et d’ouvrir – fait sans précédent – un front syndical sachant que leur statut est à améliorer sensiblement et de toute urgence. Cela a pourtant déjà été clairement reconnu, Place Beauvau, en 2024.

Englué dans des jeux de communication, en se prenant même les pieds dans le tapis, des membres du gouvernement et des hauts fonctionnaires se font prendre dans leur démarche tendant à minimiser la gravité de la situation. Ainsi, le dimanche 16 août, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, enregistré lors d’une réunion avec les organisations syndicales de pompiers professionnels, a qualité de « posture » les déclarations gouvernementales portant sur les moyens alloués à la lutte contre les incendies et visant à nier leur insuffisance : « Nous, on est aussi des politiques. Je suis aussi ministre de l’Intérieur, certes ancien préfet, très haut fonctionnaire dans ma tête, mais je suis aussi un politique. Quand vous avez des opposants qui disent qu’il n’y a pas assez de moyens aériens, c’est normal qu’on ait une posture […]. Lorsque nous disons que les moyens sont suffisants, nous répondons à des attaques qui nous sont faites sur l’insuffisance des moyens aériens ».

Des propos qui viennent s’ajouter à ceux d’Olivier Richefou, président de la Conférence nationale des services d’incendie et de secours (CNSIS) (instance consultative réunissant élus locaux, représentants de l’État et de sapeurs-pompiers), qui n’a absolument rien d’un pompier dans l’âme et n’a aucune connaissance de la réalité du terrain d’ailleurs. L’intéressé a, en effet, réfuté le manque d’effectifs et de moyens, à plusieurs reprises dans les médias ; notamment sur la chaîne de France Pays de Loire, mercredi 5 août, réitérées quelques jours plus tard sur France info. Au point que, depuis le début du mois août, l’intersyndicale des sapeurs-pompiers appelle à sa démission de la présidence de ladite Conférence.

L’intersyndicale, qui réunit neuf organisations syndicales, déplore une « déconnexion coupable avec la réalité opérationnelle de notre pays ».

Une déconnexion qui s’observe, hélas, dans tous les domaines, dans notre pays, de la part d’une caste politique hétéroclite qui ne cesse de se décrédibiliser toujours davantage, voire de se ridiculiser, au point d’être devenue véritablement insupportable…


Dans ce 285ème numéro d’Espritsurcouf, qui est le seul à paraître en août, Vincent Gourvil montre à quel point la situation de la politique étrangère française pâtit, elle aussi, depuis au moins une décennie, de responsables qui ne sont pas à la hauteur des attentes comme des enjeux : « De la diplomatie de la clarté dans la confusion » (Rubrique HUMEURS).

À moins d’un an des prochaines élections présidentielles en France – prévues les dimanches 18 avril et 2 mai 2027 – un candidat potentiel a bien voulu répondre à nos questions. Bruno Retailleau, président du parti « Les Républicains » a en effet accepté de se prêter au jeu (Rubrique POLITIQUE).

Dans la mesure où la situation européenne demeure plus que préoccupante, à plus d’un titre, Nathalie de Kaniv propose une plongée dans les réalités finlandaise et estonienne, entre histoire et actualité : « Finlande, Estonie et l’empreinte européenne » (Rubrique GEOPOLITIQUE).

Laure Fanjeau, pour sa part, dresse un tour d’horizon des actions militaires françaises de l’été, sans oublier les incontournables nominations des nouveaux chefs militaires dans son nouveau ECRAN RADAR « Entre crises estivales et événements militaires, l’armée française tient son rang » (Rubrique ÉCRAN RADAR).

Enfin, André Dulou, vous livre son nouveau SEMAPHORE « Temps de réalités » (Rubrique LE SEMAPHORE).

Côté bibliothèque, puisque les processus de dominations et de rapports de force interétatiques redeviennent des plus vifs sur l’échiquier international, nous vous invitons à découvrir l’ouvrage, dans une version actualisée et augmentée, de l’ancien diplomate Pierre Bühler, ambassadeur à Singapour et en Pologne de 2012 à 2016, et enseignant des relations internationales à Sciences Po Paris.
Il y revient sur les mutations de l’ordre mondial, tout en prenant en compte la révolution numérique, les logiques d’innovation, mais aussi les vecteurs économiques – avec la constante mercantile et la montée du secteur privé – et démographiques. Il souligne aussi, évidemment, le retour en force des Etats et des logiques de souveraineté, en insistant sur l’affirmation de la Russie, l’Inde et de la Chine, autant de puissances qu’il considère comme des vecteurs civilisationnels en quête de domination de leur propre sphère d’influence…extensive…sur fond de multipolarité imprégnée d’un net basculement vers l’Asie et un Occident en repli voire en déclin. En somme, une bonne synthèse des nouvelles réalités. Cf Pierre Bühler, La puissance au XXIe siècle. Nouvelle édition augmentéeParis, CNRS Ed., collection « Biblis » 2026, 772 pages. (Rubrique LIVRES).

Bonne lecture.
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(*) Pascal Le Pautremat, Docteur en Histoire Contemporaine, diplômé en Défense et Relations internationales, est maître de conférences à l’UCO (Campus de Nantes), Directeur  du Département de Science Politique. Il a enseigné à l’École Spéciale militaire de Saint-Cyr et au collège interarmées de Défense. Auditeur de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense nationale), ancien membre du comité de rédaction de la revue Défense, il est le Rédacteur en chef d’Espritsurcouf.
Son dernier ouvrage : Géopolitique de l’eau – L’“Or bleu” et ses enjeux, entre prospectives, crises et tensions... Éditions L’Esprit du Temps, Paris, (juin 2020) présenté dans la rubrique Livre d’Espritsurcouf
Ouvrage collectif auquel vient de participer : Lucas Verhelst (dir.), Manuel d’un monde en transition(s). 101 obstacles au changement. 101 pistes d’action. La Tour-d’Aigues, éditions de l’Aube, Collection « La Terre En Vie » paru en 2025.

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